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Le territoire et la tanière

Le Cantique des cantiques
Une idée en or
L’orgasme : profil de la montée au ciel.
Si l’orgasme est le centre de la vie, le centre de la vie amoureuse, le centre de la vie divine de l’homme, il est facile de comprendre que sa réussite dépend de conditions nombreuses et fines. Car de sa réussite dépend son bonheur dans la vie, le succès de sa vie amoureuse, la plénitude de l’immanence de Dieu en nous.
L’idée de « réussite » implique des conditions préalables, des préparatifs soigneux, une sorte de technique, et surtout un « climat » psychique riche et complexe, car c’est lui qui donne tout son sens à cette action. L’orgasme ne peut se comparer à « un coup » isolé, à une aventure sans hier et sans lendemain, à une sorte de masturbation dans l’autre où les deux plaisirs restent étanches l’un à l’autre. Le grand maître de la réussite de l’orgasme est le Tantrisme.
Lire tout le 7° Carnet du Tantrisme : la sexualité tantrique.
Dans le Tantrisme, la Création du monde résulte du mariage de Shiva et de Sahkti. Shiva est la Divinité : incompréhensible, sans attribut, infini, inconnaissable et tout ce qu’on voudra. Puisque nous existons, c’est qu’il est aussi le Créateur de tout. Mais s’il l’est, c’est par une médiation indispensable entre l’incréé et le créé. Cette médiation est assurée par Shakti, déesse comme lui mais déesse spécifique de la création, c’est-à-dire de la manifestation du divin dans la création. Shakti est du genre féminin par analogie : nous voyons en effet que dans la création vivante, toute apparition d’une nouvelle existence se fait par l’union du masculin et du féminin. Par analogie symbolique, Shiva est alors conçu comme de Principe (au symbole masculin, le lingam) de toute existence et Shakti comme la matrice concrète de toute existence créée, au symbole du Yoni, image de la féminité. Toute existence procède donc d’une opération incompréhensible dont l’image symbolique est, sur terre, l’union sexuelle, l’union du masculin et du féminin. Concrètement, Shakti représente l’Energie, concept le plus général de tout ce qui existe.
En remontant de la réalité physique on conçoit donc l’origine de toute existence et le lien entre la Divinité et la réalité créée. Mais « en redescendant » de l’origine vers le monde créé, la relation sexuelle entre un homme et une femme devient l’image, le symbole, la réitération de la Création du monde. Faire l’amour devient d’une part le meilleur hommage fait à Dieu puisqu’il rappelle la Création, et la réitération symbolique de nos origines et du sens de l’existence. L’union, et plus largement la sexualité et plus précisément les organes masculin et féminin, deviennent des images sacrées. Au somment de cette sacralisation se trouve le rite de la « maithuna », relation sexuelle qui, réalisée avec n’importe quelle femme ou homme, devient un rite d’union parfaite avec la Divinité : la partenaire féminine n’est plus elle-même, elle s’identifie complètement à la déesse Shakti. Le partenaire masculin n’est plus lui-même, il revêt le rôle de Shiva. Leur union devient non seulement une véritable identification à Dieu, mais la cérémonie sacrée où se célèbre la Création.
On comprend alors que l’orgasme, et lui seul, soit le témoin de cette cérémonie sacrée. Faire l’amour n’a plus le sens égoïste de se faire plaisir l’un par l’autre, il n’a que secondairement le sens de continuer la création en désirant un enfant, il est la transubstantiation de l’homme en Dieu, qui est le destin et l’avenir de l’homme. On conclut que toute relation sexuelle qui n’atteint pas l’orgasme reste un acte humain, qui ne vise qu’un plaisir humain, et qui n’aborde pas la transcendance où aborde l’orgasme. Il est évident que l’orgasme est une sorte de perte de conscience normale : on ne perçoit plus le monde. on n’est plus sur terre, on émerge au royaume des dieux. On est au ciel. On touche de la conscience l’expérience d’être dieu, ce qui nous montre et nous prouve le véritable destin de tout être humain.
Il devient clair que la première condition de l’orgasme est de comprendre son sens, de rechercher sa réalisation et d’entrer dans le jeu de la divinisation temporaire. Il faut que le sexe soit sacré, qu’il soit un rite transcendant, que Shiva assume son rôle et Shakti le sien, qu’ils se perçoivent tous deux comme des déités équivalentes en trains de fusionner. Cette idée commande toutes les attitudes et les gestes qui relient l’homme et la femme : le respect dans l’adoration, l’équivalence absolue dans les rôles, la douceur et l’amour dans tous les gestes.
Je signale sur ce point le livre de Claire de Lys « Tantra, la sexualité de demain », Edition trajectoire, 6 rue Régis 75006 Paris. Mme Claire de Lys enseigne la maithuna. Contact : clairedelys@wanadoo.fr Un autre livre ex ce sujet : « Tantra », de danier Odier, Lattès poche.
Les autres conditions de l’orgasme sont commandées par cet état d’esprit. Il s’ensuit qu’on ne fait pas l’amour n’importe où, du moins dans des cadres qui dévaloriseraient cette l’action. Mais que l’amour est parfaitement approprié à tous les sites de la nature. Le cadre correct de l’amour est surtout un cadre psychique. Naturellement aucun geste, aucune caresse, aucune modalité du plaisir n’est à rejeter. En cette matière plus qu’en tout autre, le tantrisme démontre qu’il n’y a ni bien ni mal. Un seul ingrédient peut-être, est indispensable : le temps. Car l’orgasme, comme tout le reste de la relation sexuelle, possède un tempo, commandé à la fois par le cheminement des émotions et pas l’inertie relative de l’organisme. Les durées sont donc différentes d’un individu à l’autre, notamment selon la force du désir au début de la relation. Mais ce qui est incompressible est la séquence des étapes d’une relation sexuelle convenable.
Ces étapes sont décrites en détail dans : « Territoire et tanière », pressesdumidi. Le territoire est le symbole du masculin, la tanière le symbole de la féminité : c’est la thèse centrale du livre.
« La qualité de la relation sexuelle en général dépend de trois groupes de facteurs préalables : des facteurs génériques de nature physiologiques : la manière dont fonctionnent dans chaque sexe les organes de la sexualité et dont réagit l’ensemble de son corps. C’est ce que le corps mâle attend du corps femelle et réciproquement. Ensuite des facteurs psychiques généraux, liés à l’image du sexe psychique de chacun chez l’autre : comment ils se voient par leur imaginaire en tant que sexe opposé et ce qu’ils cherchent dans l’acte d’amour. Enfin des caractères individuels, forgés au long du temps par l’expérience pratique ou imaginaire de chacun, ses goûts particuliers, sa maturité charnelle et psychique. Ainsi tous n’acceptent pas ou ne désirent pas le cunnilingus ou l’anulingus. La qualité de chaque acte d’amour dépend de la communauté d’intention entre les partenaires, la force du désir et le niveau de la pratique.
L’élément le plus important est peut-être l’image que chacun s’est forgée de ce qu’il attend de cet acte, son intention en faisant l’amour. Si l’un d’eux, par exemple la femme, considère que l’acte d’amour est de sa part un immense sacrifice, tout au moins un très grand cadeau qui cède au désir pressant de l’homme, elle en attendra beaucoup. La relation sexuelle devra être la preuve ou le témoignage de l’amour qu’elle attend de l’autre. Les femmes, en « se »donnant, comme on dit, ont l’impression de se donner tout entières, et pas seulement l’usage temporaire de leur organe sexuel. La féminité tout entière se confond avec l’organe sexuel féminin. L’homme au contraire considère que seul son organe est en cause et vit en quelque sorte l’aventure par lui-même, sans engager l’homme le moins du monde. Dans d’autres cas, notamment dans le mariage, la femme peut se soumettre au désir masculin sans goût personnel, « par devoir » ou par gentillesse, pour faire plaisir, jusqu’à simuler l’orgasme… Dans la vraie relation sexuelle, l’amour, qui est déjà dans l’âme, vient prendre le langage du désir des corps, dont l’union marquera l’un des sommets émotionnels, périodiquement renouvelable, qui nourrit la vie amoureuse. C’est cette fusion constante des corps et des esprits que désigne chez Reich le terme de génitalité.
… J’ai représenté dans un schéma le profil de l’acte d’amour-type, avec ses différentes phases. Ce qui ne désigne pas une obligation précise, mais seulement le schéma expérimentalement le meilleur pour arriver à l’orgasme. En matière de relation sexuelle, l’inventivité est la meilleure règle, bien qu’elle soit relativement limitée… Chaque sexe a un profil différent et l’objectif d’un acte réussi est d’assurer autant que possible le parallélisme entre les deux mouvements.
L’acte complet comporte trois phases : la préparation normalement la plus longue ; l’orgasme, le plus souvent très bref ; enfin la phase spasmodique ou détente, qui peut (et doit) être suffisamment longue pour tirer tout le bénéfice amoureux de la relation. La première phase a pour but l’échauffement, c’est-à-dire de porter les deux désirs à un niveai comparable, c’est-à-dire irrésistible. Dans la plupart des cas, c’est l’homme qui est chaud plus tôt ou chauffe plus vite. S’il ne se retient pas, il tente la pénétration tout de suite. Or ce n’est pas la pénétration qui déclenche l’orgasme chez la femme. Si elle est prématurée, elle sera sans effet. L’homme doit donc porter l’échauffement de la femme à son maximum, quelque soit le temps requis et « le mal » qu’il faut se donner… Le signe indiscutable que la femme est prête est … qu’elle le dise ! « Prends-moi !! ».
A partir de là la pénétration est possible et mène à l’orgasme simultané. Cette montée devrait aussi être consciente et maîtrisée, car elle peut l’être pour l’homme davantage que pour la femme. N’oublions pas que la rapidité ou la force du « pilonnage » ne sont pas des ingrédients utiles, du moins la plupart du temps. Une intromission paisible, résolue mais douce est le plus souvent plus efficace. Normalement, le mâle devrait attendre le déclenchement de l’orgasme féminin, par « principe de précaution », car ce dernier est fragile, souvent plus long et toujours plus exigeant. Quand elle « part », alors il peut se laisser aller, lâcher prise, s’abandonner totalement, car ce sont là les conditions de l’orgasme.
L’orgasme consiste en effet à quitter la terre et le monde matériel. Plus aucun objet n’intéresse, la conscience ne sait plus très bien où elle en est, l’orgasme suit son cours comme il veut et ne peut plus être maîtrisé. Il témoigne de la condition primordiale de toute relation amoureuse : la confiance totale, l’abandon total à l’autre. Ces sentiments expriment la fusion des corps, qui produit normalement la fusion des âmes, en quoi consiste l’amour. Chez la plupart des gens la conscience de l’orgasme est le déclencheur de la détente : celle-ci s’exprime par les mugissements que peuvent pousser les partenaires, en parallèle avec les rugissements de désir qui peuvent marquer la première phase.
Crier amorce la détente et la produit en même temps : elle exprime le soulagement de l’énorme tension que devrait être une relation sexuelle réussie. Mais un détente n’est jamais instantanée. Pour le retour au repos, un tems est nécessaire. Rien n’est plus barbare que de se séparer dans la seconde qui suit l’orgasme, se retourner et dormir. La détente a le sens d’un sentiment de reconnaissance envers le partenaire, grâce à qui on a pu monter au ciel un instant. C’est un temps de tendresse, on marque la fusion qui s’est faite, l’amour qui l’a permis et réaliser, on couvre l’être aimé de caresses et de gestes d’amour. Et l’on y met le temps qu’il faut… C’est, si j’ose dire, le temps efficace d’une relation d’amour, car il est vécu à deux, en union totale. »
Le Territoire et la Tanière, pressesdumidi
Pratiquement tous les hommes arrivent à l’orgasme, qui est l’éjaculation physique. Mais on comprend qu’ils ne parviennent pas toujours à l’orgasme selon la conception tantrique ou reichienne. L’éjaculation peut résulter de simples manipulations mécaniques déclenchées par des images imaginaires… L’orgasme féminin est beaucoup plus exigeant, surtout en conditions psychiques. L’éducation et la mentalité modernes sont largement antisexuelles et fournissent constamment des références de mal, de péché, de saleté, etc… Difficile pour une femme de faire la révolution qui l’amènera à désirer l’orgasme. Beaucoup de femmes n’y parviennent pas. Elles doivent se dire que leur complexion féminine est faite pour l’orgasme, que leur psychisme féminin est fait pour l’amour, et que leur corps féminin est fait pour devenir enceintes de la vie. Que celles qui n’ont pas connu l’orgasme se rassurent : elles peuvent toutes y parvenir, en donnant à la relation amoureuse le sens qui est le sien.
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