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Le territoire et la tanière

Le Cantique des cantiques
Une idée en or
Le sens de la vie..
Cette expression : « le sens de la vie » est très ambigüe. Le terme de « sens » a deux acceptions : l’explication et la direction. Mais dans toute ambigüité, les différentes acceptions ont entre elle des relations secrètes et inattendues. Ce qui explique, la plupart du temps c’est le but des choses, ce à quoi elles sont destinées, ce pour quoi elles sont faites, bref la direction de leurs mouvements. Dans les comportements, le sens-explication d’une action est ce qu’on veut faire en agissant, nos intentions, nos objectifs. Les deux acceptions du mot sens convergent finalement vers la même chose… Toute explication de quelque chose se trouve dans la finalité de cette chose. Le sens de la vie cherche donc l’explication, aussi globale que possible, de tout ce que nous faisons, mais en même temps le but de tout ce que nous faisons. Tout se résumerait ainsi : où va cette vie ? En même temps on découvre une seconde ambigüité : s’agit-il de la vie humaine en général, du sens de l’Univers dans son ensemble ou de notre planète Terre ? Ou bien de ma vie à moi, dont l’explication n’est pas évidente et la direction encore moins ? Il faut donc examiner séparément les deux questions, en prévoyant que sans doute, au bout du chemin, elles se fondront en une seule …
La première idée qui peut nous fournir un premier pas est le constat que chaque être humain est parfaitement libre. Bien sûr, il est encadré dès avant sa naissance dans un cadre génétique particulier, les gènes hérités de ses parents. Mais ces gènes ne déterminent que potentiellement un certain nombre de comportements : il n’y a aucune détermination directe d’un comportement, d’une maladie ou d’un événement quelconque. Il n’y a que des terrains favorables, des tendances à un certain type de comportements. Bref une certaine probabilité supérieure à celle d’un autre type de comportements, mais rien de réellement déterminé. Cette réduction est bien une limite à notre liberté, mais en même temps, elle définit notre nature individuelle, elle fait ce que nous sommes. Et nous ne pourrons jamais être un autre, ni même avoir envie d’être un autre, et donc d’agir autrement que selon ce type de comportements. Bref il n’y a aucun héritage génétique qui ne puisse être dépassé ou débordé afin de faire ce que nous voulons vraiment individuellement.
D’autres cadres s’ajoutent évidemment à nos actions au fur et à mesure que nous grandissons : ceux du milieu social, culturel et économique. Mais ce ne sont pas là non plus des déterminations actives : on peut toujours les déborder, ou s’en évader ou les forcer. Ce ne sont que des formes acquises et non naturelles. Se construit peu à peu aussi un caractère personnel, c'est-à-dire un système de tendances plus ou moins puissantes, qui nous poussent à adopter une modalité personnelle pour la manière dont nous agissons. Là encore nous ne changerons pas « notre nature », mais il ne s’agit là que d’une modalité et non de buts. Ce qui détermine nos actions, ce sont les buts que nous nous fixons. Pourvu qu’on y arrive, les modalités sont secondaires. Tous les enseignants savent qu’il y a des élèves rapides et brillants, d’autres besogneux et travailleurs : chacun arrive au diplôme à sa manière… L’important n’est donc pas de se sentir enfermés dans des prédispositions d’ailleurs mal connues, mais de déterminer ce qu’on veut : c’est ce qu’on veut faire de sa vie qui lui donnera son sens. Si nous sommes nés libres, c’est que rien ne doit déterminer immédiatement ce que l’on doit faire. En sinuant parmi les tendances héritées ou acquises, il faut définir des objectifs, des buts, des rêves , des idéaux, et parvenir à les réaliser, chacun à sa manière propre. Si nous sommes nés libres, notre vie personnelle ne peut pas avoir de sens prédéterminé : c’est à nous de lui construire un sens tout au long de notre vie.
La question : quel est le sens de ma vie ? vous renvoie donc à vous-même : quel sens avez-vous voulu pour votre vie ? Qu’avez-vous fait jusqu’ici pour le réaliser ? Que devez-vous changer pour y parvenir ? Qui voulez-vous être ? Du coup, le sens de « ma » vie se réduit à la cohérence que je réussis à assurer entre toutes mes actions, en sorte que toutes travaillent vers le même but, « dans le même sens » que vous avez fixé vous-mêmes. J’ai appelé cela quelque part « la fidélité », présentée comme une vertu essentielle, sinon la plus importante : fidélité à ses objectifs, qui vous empêche des les abandonner en route ; fidélité à vos valeurs, qui vous empêche de poser des actes contraires à ceux que vous estimez ; fidélité à ce que vous avez déjà mené, pour que toute votre vie reste cohérente, et non secouée à hue et à dia sans efficacité. Donc fidélité à soi-même, nos pas à ce quon est sur l’instant, mais à ce qu’on veut être sur le long terme. Nietzsche exprimait cela par cette parole célèbre : « deviens (dans la réalité) ce que tu es (originellement) » On dit souvent « chacun fait ce qu’il veut » : mais ce ne devrait pas être là l’évocation du caprice, mais l’affirmation qu’en agissant, chacun sait vraiment ce que sa volonté veut réaliser, au sens fort du terme.
« La Nature a doté chaque être humain à sa naissance de deux facteurs essentiels : d’un côté une liberté totale d’agir, que rien ne vient du dehors guider ni empêcher : sentiment exaltant mais angoissant. D’un autre côté, chaque être reçoit des cadres successifs qui délimitent cette liberté, car une liberté sans limites n’est pas un concept rationnel. Une liberté ne peut s’exercer que sur un plan, ou dans un espace, ou dans un cadre définis. La liberté humaine en général n’a donc aucune forme préalable, elle est à la naissance informe et potentielle, comme tout le reste. Chacun ensuite donne à sa liberté personnelle sa forme à chaque instant du temps, par les actes qu’il pose. La sortie des cadres initiaux s’appelle l’adultat : elle est synonyme d’autonomie, ce qui signifie que chaque adulte est censé capable d’ériger sa loi propre, dans l’espace laissé libre par les cadres sociaux. L’autonomie définit la liberté de l’adulte humain et fonde la responsabilité, civile et morale, devant les autres êtres humains. Car la nature humaine ne contient pas seulement la liberté « morale » mais aussi la socialité, selon laquelle l’individu ne peut rien devenir d’humain sans l’aide des autres humains.
Le but de la liberté humaine, et donc de la morale naturelle commune à tous les hommes, est de devoir forger en soi l’avènement de la qualité d’être humain, de ce qu’on appelle « l’humanité » quand elle est censée réalisée en tous dans une mesure suffisante. L’humanité n’est donnée à la naissance que potentiellement, chacun a le devoir de la réaliser et de l’accomplir dans sa pleine mesure. Il le fera par le développement progressif de toutes les aptitudes natives qui lui ont été données, en s’efforçant de ne poser, au cours de sa vie, que des actes conformes à la nature humaine. » (Carnet du Tantrisme n°5)
Lire : Carnet du Tantrisme, n°5 , la morale tantrique. pressesdumidi
Nous voilà donc renvoyés au second des plans que j’ai dissociés plus haut : quel est le sens et l’objectif de la nature humaine, de l’humanité tout entière, et peut-être de l’Univers tout entier ? Une telle question ne peut trouver réponse que dans une métaphysique ou une religion. J’ai déjà dit tout le mal que je pensais des idéologies religieuses. Et j’ai déjà dit comment j’avais trouvé dans le Tantrisme la meilleure des réponses possible à ce genre de problème. Le « sens du monde » sera donc trouvé dans le système rationnel tantrique.
La réponse, une fois de plus, se trouve dans la considération de la Création. La Nature tout entière, tout ce qui existe sous toutes les formes, est la manifestation de la Divinité. Elle révèle Celle-ci, en même temps qu’elle en est remplie en tant qu’effet de la Cause créatrice : rien ne pourrait exister et continuer d’exister sans être soutenu dans l’être par une fraction d’être divin. A ce titre, la Création est déjà une unité évidente. Mais en même temps, toute la Création manifeste les mêmes fonctionnements : « Dans cette Nature, tout est mouvement. L’Univers est composé de séquences d’événements qui se succèdent dans l’espace infini et dans son temps. Chaque état du monde engendre l’état suivant et le met dans l’existence. Ainsi les corps célestes se transforment, les roches évoluent sans cesse, les espèces vivantes engendrent d’autres espèces, celles qui s’éteignent sont remplacées par de nouvelles. Dans ce schéma, l’homme fonctionne de la même manière : chaque individu en engendre un autre, en sorte que l’humanité en chacun vient à l’existence dans une mesure propre et construit l’idée d’humanité en général, qui n’est qu’une qualité générique abstraite, que chacun réalise à sa mesure partielle.
Le destin naturel de chaque homme arrivant en ce monde, exactement comme le destin général de chaque être venant en ce monde, est de s’autocréer dans son temps en tant qu’être humain, afin de continuer la Création qui, dans ce tourbillon permanent, est une Création constante dans son temps. Le devoir premier de chaque être humain, engendré par sa nature même, est de faire advenir en lui la nature humaine qu’il reçoit sous une forme essentiellement potentielle. Le seul destin rationnel de l’homme, identique à celui de tous les êtres de la Nature, est de s’autocréer à chaque instant comme être humain, selon sa nature idéale, afin de trouver sa place propre dans l’immense diversité de l’Univers. Les planètes doivent être des planètes, les ragondins des ragondins, et les hommes des hommes. Ces derniers seuls ont la possibilité de ne pas devenir humain par leur seule volonté. La nature humaine idéale reste en chacun des êtres réels, une valeur évanescente que chaque individu a le devoir de construire effectivement. C’est en cela que consiste la morale naturelle.
Cette nature de l’homme se réalise par une action proprement morale, puisqu’elle est une valeur conditionnée par la liberté et la volonté de s’y appliquer. « Ce résultat ne s’obtient qu’en ne posant dans sa vie, autant qu’il est possible, que des actes conformes à la nature théorique, ou idéale, de l’homme. On devient humain en posant des actes d’humains. Si l’on pose des actes inhumains, on renie sa nature humaine. De cette manière, la nature humaine est la seule source rationnelle de la morale active, la seule référence vraie qui puisse guider les comportements ». (Ibid)
« Le destin naturel de chaque être de s’autocréer dans le temps est la conséquence naturelle de l’immanence divine en chaque être créé. C’est par celle-ci que chaque être, homme, oiseau ou serpent, peut venir à l’existence selon son espèce, continuer à être et développer sa nature selon son espèce. » (ibid)
En conformité avec ces origines rationnelles, la morale pratique doit s’exprimer ainsi : « la norme à appliquer aux conduites individuelles doit être forgée individuellement par chaque personne ». Chacun sait ce que signifie agir en être humain. Il n’a besoin d’aucun dogme, d’aucune idéologie, d’aucun système extérieur à son propre jugement et à sa volonté personnelle. En naissant, nous héritons de deux jambes solides : d’un côté une liberté totale et encadrée de loin, de l’autre une raison suffisante pour apprendre à connaître les choses nécessaires et à juger. Nous n’avons donc besoin de rien d’autre. L’homme peut être libre parce qu’il est doté de raison. Il a juste besoin d’alimenter cette raison par des informations de bonne valeur. Le « bon sens », comme on disait autrefois, est souvent supérieur à des élucubrations qui ont perdu tout contact avec la réalité.
De l’encadrement de notre destin par la Création, nous tirons un autre principe. Le sens de la vie, ou si l’on veut son destin personnel, ne peut désigner rien d’autre que notre action dans cette vie-ci, due à la création. La morale est faite pour gérer nos comportements pendant la vie terrestre et rien d’autre. Il serait aussi absurde de prétendre qu’ « on a qu’une vie » : qui le sait ? Que de vivre entièrement arrimé à un autre monde dont on ne sait pas grand-chose non plus. Nier ce monde, dans lequel on est, au nom d’un autre dans lequel on n’est pas encore et dont on ne sait rien en certitude est une folie. Un total déséquilibre, un défi à la raison. Dieu nous a mis sur terre, il a organisé les choses en sorte qu’on puisse y être heureux et justes : contentons-nous de faire ce qu’il faut durant la vie terrestre, il y a déjà assez à faire. Le présent est la seule réalité : l’avenir et le passé ne sont que des imaginaires.
Pourtant, s’il est possible (ou probable) qu’il y ait d’autres vies, il faut bien s’occuper un peu de l’autre… D’autant qu’on peut raisonnablement former l’hypothèse que toute vie est par nature immortelle en elle-même, comme voulait le démontrer l’expérience du Dr. . Je crois que l’idée de cohérence répond à ce problème. Il faut être cohérent dans toute sa vie sur terre ; mais s‘il y en a une autre, il faut être cohérent dans les deux ensemble. C’est ce que dit le Tantrisme : l’immanence permanente de Dieu en chacun de nous met, en cette vie, une étincelle de l’autre : soyons-lui fidèle aussi, car les mêmes règles gèrent les deux, et toute vie. Le sens général de toutes choses est de fonctionner comme élément dans un système global.

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