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Le territoire et la tanière

Le Cantique des cantiques
Une idée en or
Le vrai sens de la réincarnation.
La réincarnation en son sens courant est une idée fausse et impossible. Fausse, car toutes les tentatives qui ont été faites pour l’analyser (par exemple celle de Ian Stevenson) n’ont jamais livré que de vagues analogies : aucune expérience probante n’a jamais pu être présentée. Et impossible, car elle contredirait de nombreux principes de la biologie et de la psychologie : aucune conscience étrangère ne peut s’installer « aux commandes » d’un corps différent. L’unité biologique corps-conscience est totale pour un individu concret, et elle se construit sans cesse progressivement comme unité tout le long de la vie, par l’interaction permanente de la conscience et du corps. Chacune de ces deux composantes est à la fois la cause et la manifestation de ce qui se passe chez l’autre.
On imagine toujours la réincarnation comme l’introduction, dans un corps déjà vivant, d’une conscience qui viendrait d’ailleurs, plus précisément d’un autre corps ayant existé dans une période précédente. Dans ce schéma, la conscience comme le corps sont considérés comme des ensembles homogènes et finis, donc indépendants. Aucun biologiste ne peut admettre une telle conception. Tout ce qui se présente comme un cas possible de réincarnation doit être rangé parmi les phénomènes psychologiques de « possession » partielle et confuse d’un esprit par un autre. Les « deux » consciences apparaissent toujours là ensemble, et pour des durées très limitées.
Pourtant, la réincarnation est une croyance très ancienne et très répandue. Suivant le principe que toute tradition provient de quelque part, d’une racine ou d’une intuition universelle, on ne peut rejeter purement et simplement l’idée de la réincarnation, mais chercher, à la lumière des sciences modernes, quelle est son origine et si l’on ne se trompe pas sur son sens. Et de fait, cette croyance change de sens et de probabilité si on la renverse complètement. Elle devient non seulement possible mais nécessaire et souhaitable. Il ne faut pas la chercher dans un événement individuel, mais dans la nature réelle des choses en général : celle de la vie, de la naissance et de la mémoire. L’origine d’une telle idée se trouverait plutôt par son replacement dans une conception générale de la vie, de la mort, de la création, et du sens cohérent que chacun de ces éléments prendrait dans cet ensemble.
Il ne s’agit pas alors de la présence en un individu concret d’une sorte de redoublement de sa personne, d’un retour de sa conscience « ancienne » dans une vie nouvelle, d’un « esprit » parasite qui s’installe dans un autre (ces cas existent), mais au contraire d’admettre que la vie et la conscience sont des propriétés universelles, d’une largeur et d’une variété potentielles quasiment infinies, et que chacun à sa naissance, est plongé dans ce Fleuve infini pour y construire partiellement et provisoirement l’une de ses innombrables modalités potentielles, à l’aide des matériaux qu’il rencontre dans son environnement, à son époque et dans ses lieux. La conscience, comme la vie, sont alors des réalités universelles que chaque vivant possède à sa mesure propre, et qu’il expérimente, c’est-à-dire qu’in concrétise, sous des formes tout à fait individuelles. La conscience et le corps deviennent des caractéristiques individuelles au fur et à mesure que chacune de ces composantes s’intègre dans la vie que se forge l’individu. On peut même dire qu’il arrive parfois qu’au cours d’une seule vie, les circonstances que rencontre un homme peuvent varier tellement que sa conscience et son corps se modifient au point qu’on ne pourrait les reconnaître. L’exemple de Robinson Crusoé en fait partie. Tout être humain dont la vie change totalement à un moment, se trouve totalement changé lui-même.
La conscience, le corps et la vie sont donc des propriétés à la fois universelles, et en tant que telles largement indéterminées : elles se déterminent comme celles de tel individu selon le déroulement réel de sa vie. Mais ces propriétés auraient pu être différentes pour un même individu et peuvent même changer largement au cours d’une vie. Comme il est vrai pour toutes les parties de la Création, les natures sont essentielles, universelles et potentielles , donc stables, tandis que les propriétés individuelles sont évolutives, changeantes, modifiables et accidentelles. Un individu donné, à un moment donné, résulte du mariage entre ces deux types de composantes.
Chacun naît et évolue selon l’application des deux ADN de ses parents. C’est cet ADN unifié qui déterminera ses caractéristiques individuelles, et les rattacheront à plusieurs types d’être plus généraux, qui seront réalisés par d’autres ou selon d’autres déterminations. En elles-mêmes, la vie et la conscience sont des réalités sans limites ni déterminations a priori : elles définissent la totalité des êtres humains apparus et destinés à apparaître sur la planète Terre, à qui elles sont communes. En réalité, la vie, la conscience et la longévité sont des concepts abstraits : ils se réalisent dans la vie d’un individu selon des facteurs infiniment variés qui définissent un individu. A chaque naissance individuelle, chaque type ADN et chaque individu vivant est doté d’une extension quasiment infinie de potentialités, qui définissent les potentialités humaines abstraites en général, dont seulement une très petite partie s’actualisera dans la vie de cet individu, selon son environnement propre.
Chaque adulte a conscience lui-même, alors qu’il est déjà engagé dans une vie bien déterminée, qu’il aurait pu vivre une autre vie : Il est entré dans telle profession, a forgé tel caractère, a épousé telle femme et eu tels enfants, a rencontré tels événements. Mais il aurait pu, lui-même tel qu’il se connaît, devenir marin, rester célibataire, vivre dans une autre partie du monde, être devenu tout à fait autre chose que ce qu’il est réellement devenu. Seules, l’une ou l’autre de ses nombreuses possibilités se sont accomplies, compte tenu des circonstances, des hasards de la vie, de ses choix et de ceux des autres. Pourtant c’est bien lui et nul autre, qui aurait pu vivre ces « autres » vies. En fait, c’est comme s’il avait puisé, dans le réservoir infini des possibilités humaines selon sa nature, quelques schémas pratiques qu’il avait ensuite actualisé selon les « caprices » de son environnement et de ses aventures propres.
On peut même penser que lui-même, avec la conscience qui est la sienne, très peu déterminée au départ, aurait pu naître d’autres parents, avec une autre couleur de peau, dans une autre partie du monde, à un autre siècle… La conscience que chacun a de soi-même a la même forme universelle : il est conscient d’être un humain et d’être doté de tel caractère individuel, qui le distingue des autres. Dans la plupart des cas, il sait de quoi sa conscience s’est remplie depuis quelque temps avant sa naissance pour le positionner ainsi par rapport aux autres êtres humains. Il y a donc une conscience universelle du même modèle pour tous les humains, et des acquis particuliers qui font de chaque être concret un individu unique. En quelque sorte, les déterminants personnels recouvrent la conscience humaine universelle pour la rendre à la fois semblable chez tous les individus du même genre, mais aussi déterminée pour chaque individu de manière absolument unique dans l’espace et dans le temps.
Ainsi, tous les hommes se caractérisent par la dotation d’une conscience du même type humain (et chaque espèce vivante avec son type de conscience) mais en même temps d’une conscience actualisée d’une manière unique dans l’espace et dans le temps. C’est dire que, suivant les caractères retenus dans les ADN de chacun, se trouvent à la fois la même dotation générique et une infinité de potentialités que chacun va actualiser ou non dans sa réalité personnelle. Les potentialités qui auront été actualisées deviendront, dans d’ADN de chaque cellule, le type normatif qui guidera les réactions de l’individu.
Chaque être humain est doté, dès la cellule mère, de potentialités illimitées de concrétiser ses racines génétiques d’une manière ou d’une autre, selon le type d’ environnement relationnel dans lequel il va naître et vivre. La vie réelle est seulement la concrétisation définitive des contenus d’une seule vie : elle élimine alors toutes les autres possibilités. Cela signifie que pour un fœtus avorté, un bébé mort à six mois, un jeune mort à vingt ans ou un autre enfermé jusqu’à la vieillesse dans un seul style de vie, chacun n’a réalisé qu’une part infime de son être, de ce qu’il aurait pu être et devenir. On a dit que la vie est une loterie : c’est vrai au sens qu’on nous donne un billet très tôt, et qu’on ne peut lire ce qu’on a gagné que bien plus tard…
La vie est un vrai don de Dieu : la preuve en est que personne ne sait ce que c’est, et que personne n’a jamais pu la reproduire. Si le monde a été créé par une Divinité, chaque créature venant à l’existence contient ce Dieu comme principe de son existence et comme soutien de sa vie. Sans ce soutien, il n’existerait pas. Ce Dieu est l’existence de la Cause dans l’effet, conformément à un principe inéluctable de la Physique… Elle est donc par nature indestructible : elle vise à multiplier indéfiniment par la Création l’image de Dieu lui-même dans son infinité. Ces images sont Dieu manifesté, dans son illimitation, en temps et en « espace », c’est-à-dire en potentialités. Chaque créature est infinie et immortelle par la racine divine qui le maintient en existence. C’est pourquoi il est inconcevable que certaines femmes (200.000 par an seulement en France) s’arrogent le droit de supprimer celles de ces vies qui viennent à les gêner : les victimes sont obligées d’aller vivre ailleurs les vies qu’on leur a coupé précocément. Coupés de leur origine, ils « renaissent » à partir de zéro…
Or, il est d’évidence que la propriété principale de chaque vie humaine est d’être évolutive, en perpétuel mouvement, et dans un certain sens, toujours en chemin vers une meilleure condition de vie. Les événements concrets de chaque vie sont constamment changeants, en évolution, toujours en mouvement. C’est en tout cas ce qui paraît être le schéma directeur de la vie. Rien ne s’arrête jamais, rien ne stagne, rien n’est immobile. Quel est alors le sens global de ce mouvement ? Bouger, changer, c’est aller quelque part, remplir un but, réaliser un objectif, obtenir un gain. Que signifie alors cette règle vers ce qui paraît avoir pour objectif un perfectionnement indéfini ? On dirait, en termes mathématiques : quelle est le dessin théorique de l’intégrale d’une vie ??
Le sens global de toute vie pourrait être justement un perfectionnement illimité, une évolution vers l’accomplissement plein de soi, la réalisation de tout ce qu’on est, de toutes ses capacités, de ses rêves, de ses espoirs, etc.. C’est seulement la réincarnation qui permettrait d’accomplir le sens de ce mouvement. La réincarnation pourrait être le projet offert à tous de retourner dans le Fleuve de Vie, d’y renaître, de reprendre une conscience de soi, et de développer d’autres modalités possibles de son être. Si le but général de la vie humaine est de développer au maximum toutes les possibilités de chacun, il est clair qu’il faudrait à chacun « cent vies » pour réaliser cet idéal. C’est ce que la réincarnation permettrait… Elle permettrait à ceux qui n’ont pu les vivre d’ajouter d’autres vies, d’autres modes de vie, afin que globalement, avec le nombre de retours à la vie réalisés, tous puissent atteindre un accomplissement proche de l’idéal. Chacun trouve toujours qu’il meurt trop tôt… C’est sûrement un sentiment vrai, compte tenu de tout ce qu’on n’a pu faire, de toutes les vies qu’on devrait pouvoir vivre pour accomplir pleinement ce que l’on pourrait être. L’être finalement réalisé serait alors infiniment plus vaste et plus parfait que celui que n’importe qui peut réaliser en une seule vie. C’est alors que serait atteint le vrai modèle de créature divine, avec son « maximum d’être ». N’est-ce pas là le plan de la Création dans son ensemble ? Réunir le maximum d’être jusqu’à se rapprocher de la perfection divine ?
On voit que la vraie pierre d’achoppement de la réincarnation : « on ne se souvient plus de sa vie antérieure, donc la nouvelle ne sert à rien », tombe ici. Chaque nouvelle vie est un vie toute nouvelle : elle nous permet de nous montrer non pas meilleur qu’avant, ce qui implique une référence morale, mais autre, dans d’autres facettes de la même personnalité, dans d’autres environnements et d’autres situations, mais toujours meilleur selon sa nature, en sorte qu’à la fin des temps, toutes les facettes d’ un même être ait pu trouver à se manifester, à s’améliorer, à se compléter. Cette conception implique que c’est bien la même conscience de soi qui reprend corps et va s’achever, s’accomplir, avec d’autres éléments d’environnement. Mais la conscience universelle se réaliserait à chaque vie selon les facteurs concrets de cette existence, afin que le Soi (au sens tantrique), son image de Soi, se complète à chaque vie davantage. A la fin de chaque vie terrestre, l’image du Moi qu’on a collectée n’est que partielle, souvent ébréchée, affaiblie, ou confuse : plus on vit, moins on est sûr de ce l’on est vraiment. Et l’on a conscience de tout ce qu’on aurait pu être… C’est que l’image du Moi n’est que le reflet des circonstances particulières qui l’ont forgée : elle n’est pas l’image globale de ce que je pourrais être si je pouvais m’accomplir totalement selon ma nature.
Dans cette conception, c’est toute l’humanité, et toutes les espèces, qui doivent, pour atteindre la complétude de leur être, vivre plusieurs vies, plusieurs expériences différentes, dans des mondes différents. Il n’y a pas qu’UN autre monde. Pour nous humains, l’autre monde n’est que le deuxième, après la vie terrestre. Il existe une infinité d’autres mondes et d’univers. La naissance n’est que la condition de l’apparition à l’existence, pour toutes les espèces terrestres ou extraterrestres. Elle n’est que la condition initiale d’apparition à l’existence d’une conscience de ce type. La vie ensuite se déroule pour chacun selon la nature de son cadre. Et elle ne parvient à la plénitude d’être qu’elle contient potentiellement qu’à condition de compléter chaque vie par ce qui a manqué à la précédente. . Il est consternant, en effet, de voir dans quel état meurent la plupart de nos congénères : primitifs, à peine ébauchés, peu évolués, ignorants de tout, ou à peine à l’aube d’une existence normale… Sans parler des avortés, des morts jeunes, et de toutes les morts prématurées.
L’homme est doté de la même nature potentiellement infinie que celle du Créateur. Son devoir est de réaliser cette divinité potentielle, en traversant les mondes divers de la Création afin de remplir son être à ras bord. Dans le Tantrisme, la Divinité immanente en chacun de nous représente ce plan de la Création : à l’intérieur de chacun il re-présente cet idéal infini, et aide celui qui le veut à le réaliser. Rappelons-nous que devant certains exploits humains, de toute nature d’ailleurs, où un individu a semblé dépasser la condition humaine normale, chacun reste pantois : comment a-t-il fait ? Comment a-t-il trouvé en lui des possibilités insoupçonnées ? C’est que tous nous sommes dotés de possibilités insoupçonnées et que nous en utilisons seulement une infime partie.
La réincarnation est alors la règle la plus générale qui soit, la règle de toute vie « remplie », qui rassemble tous les êtres pourvus d’une conscience et par là semblables à leur Créateur. Alors oui !! S’il faut cent vies, et même mille, pour réaliser tous ses désirs, toutes ses capacités, tout ce que contient en lui chaque nouveau-né, alors oui, je suis prêt à replonger dans le Fleuve de Vie ! Pour ma part, je passerai déjà beaucoup de temps à explorer l’Histoire de l’Europe, les Mésopotamiens, les Grecs, les Romains, les Gaulois… Puis les diverses contrées de notre belle planète. Puis les autres planètes. Peut-être trouverai-je le lieu et l’époque où je pourrais donner une meilleure mesure de ce que je suis. Et nous avons tout notre temps : dès qu’on sort du monde matériel terrestre, le temps est éternel….

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