la Caverne d’ALI-BABA,
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Le territoire et la tanière

Le Cantique des cantiques
idée en or
Rôle du corps.
« Ai-je un corps ? ou bien : suis-je mon corps ? » Cette question a été posée naguère comme sujet de Baccalauréat. Elle a sans doute été choisie pour faire apercevoir l’ambigüité de notre rapport au corps. Il s’agit là d’une de ces évidences qui ne s’aperçoivent pas tant qu’on n’a pas posé la question. Dans certains cas, nous voyons les choses de si près que nous avons besoin de prendre du champ pour mieux la voir. Tant que les choses fonctionnent normalement, par exemple quand votre voiture marche, vous n’avez pas besoin de savoir ce qui se passe au-delà du tableau de bord : mais si la panne arrive, on voudrait bien comprendre ce qui se passe. De même, en cas de maladie, quand le médecin a examiné votre corps et qu’il vous annonce que votre guérison dépend de votre moral, on reste embarrassé. Que cela signifie-t-il ?
Notre corps est ce que nous ressentons comme le plus immédiat : on bouge sans réfléchir comment, on marche sans prendre conscience des ordres donnés à nos jambes par le cerveau. Bref, moi et mon corps, nous fonctionnons de manière confondue, comme un seul être. On entend parler de la dualité de l’homme mais on ne la perçoit pas clairement : nous aurions un corps et une âme, mais c’est là une hypothèse religieuse, d’ailleurs contestée. Nous aimerions faire un point précis avec l’aide des sciences. C’est ce que je vais faire ici, et je promets de vous emmener ainsi dans des contrées de l’être mal connues et surprenantes.
Sur cette question, deux opinions se distinguent : le matérialisme, pour lequel il n’existe rien d’autre que des objets matériels. Nous examinons un cerveau : c’est une structure neurologique, elle est observable et mesurable, nous en comprenons les éléments tissulaires, électriques et chimiques. Donc tout est expliqué. Tandis que nous ne voyons pas la pensée : donc elle n’existe pas, elle n’est qu’une hypothèse de psychologues, elle fait partie des imaginaires. La conscience n’est qu’une hypothèse incontrôlable, tout ce qui n’est pas perceptible ne fait pas partie de la matière, donc de la réalité. La seule existence vraie est celle de la matière. Le reste n’est que production imaginaire de la conscience. Laquelle n’existe pas, comme on l’a dit...
L’idéologie matérialiste aboutit vite à une impasse, c'est-à-dire, en confondant existence et réalité, à nier une bonne partie de ce qui existe d’une autre manière que par le regard qui peut l’atteindre. J’admets très bien qu’une attitude matérialiste s’impose en science sur le plan des méthodes : autrement, on dit n’importe quoi et il est ensuite difficile de trier. Mais étendre (indûment) une règle méthodologique en principe ontologique, qui se prononce sur l’existence des réalités, il y a là un dépassement indéfendable. La Logique et la Physique sont deux disciplines qui ne peuvent se confondre. De plus, le jugement de réalité qu’on prononce sur ce qui existe est fondé sur le concept de la différence entre objectif et subjectif : objectif serait ce que manifeste la nature et se trouve perceptible par tout le monde d’une manière suffisamment convergente ; subjectif serait la production de l’imaginaire d’un individu, que les autres normalement ne peuvent pas confirmer par leur propre expérience : celle-ci est strictement individuelle et ne peut fonder que des opinions diverses. Puisqu’il n’y a de science que du général, seuls les constats objectifs peuvent fonder la science.
L’ennui est que la Physique récente a fait s’effondrer toute cette construction comme château de cartes. Même la distinction de subjectif et d’objectif ne tient plus, surtout en Physique quantique. Il faut donc tout reprendre à zéro : qu’est-ce que le réel ? Dans le réel, au sens équivalent d’existant, qu’est-ce qui caractérise le matériel ? On définit généralement le matériel comme « l’observable ». Mais ce qui est observable peut n’être qu’une partie des existants, si l’on est sûr que quelque chose d’inobservable par nature existe pourtant… (Les trous noirs ? Et tant d’autres objets…).
Si le réel est le constat de ce qu’on observe, comme le disent les matérialistes, c’est le corps qui observe. Si l’on constate des réalités indéniables, mais qui ne sont pas perçues par le corps, c’est que la réalité ne se confond pas avec la perception sensorielle de cette réalité, et que la perception de cette existence se fait autrement. Qu’est-ce donc que la ou les réalités ? On voit par ces questions, quelles que soient les réponses, que le corps est à la croisée de tous ces chemins : c’est lui qui observe et décrète la réalité matérielle ; mais c’est en lui, par le cerveau, que la conscience connaît, à partir d’une perception matérielle qui n’est qu’un outil partiel : et c’est la conscience qui décrète la réalité des inobservables. C’est le corps par lequel je prends conscience non seulement des choses autour de moi, mais des choses en moi et de ce que je suis par rapport à elles, et des choses que mes sens ne me révèlent pas. Alors ? Suis-je mon corps, sans lequel je ne perçois rien, ni même que je suis ? Où bien mon corps n’est-il qu’un outil d’interface entre moi, qui suis autre chose, et le monde matériel, qui n’est que mon milieu occasionnel ? Et si la réalité déborde largement la possibilité d’être observé par les sens, qu’est-ce qui la délimite ? Cela ne vaut-il pas la peine d’être étudié ??
Partons de la base : qu’est-ce que la réalité, ce qui existe, soit en nous soit hors de nous, puisque nous percevons les deux. La réponse prévoit trois étapes. La première, en suivant la démarche de la Physique « objective » (par provision), décrit les conditions de la connaissance, c’est-à-dire du jugement de réalité qu’on peut prononcer sur ce qu’on perçoit. La seconde est de reconnaître que toute perception aboutit à une conscience dont il reste à savoir ce qu’elle est. La troisième sera de conclure, à partir des résultats précédents, de la place et du rôle du corps chez l’homme.
Toute connaissance est conditionnée par la relation qu’il est possible de trouver entre deux groupes de conditions différentes : le premier est fait des conditions de saisie du côté du sujet. Celui-ci ne peut saisir la réalité qu’à travers les propriétés qui sont les siennes : des sens organisés de la façon qu’ils sont, à l’échelle qui est la leur, avec les seuils qui sont les leurs. En dehors de ce cadre, rien n’est perçu. L’appareil de perception du monde est un système particulier, bien défini, et par là limité. C’est par ce cadre qu’on décrit la Nature, par les systèmes d’analyse (les unités ) qui déterminent une échelle particulière d’espace et de temps, celle de la perception. Ces conditions théoriques dépendent aussi du bon état réel des sens : un sourd, un aveugle etc. sont privés de l’accès normal à la Nature, et de nombreux défauts peuvent affecter notre saisie de la réalité.
Mais pour qu’il y ait connaissance, c’est-à-dire saisie du présumé réel, il faut que l’objet saisi, les objets de la Nature, soient dotés de propriétés correspondantes. La connaissance est la relation possible entre ces deux ensembles, dans la mesure où les deux termes sont analogues. Le terme de connaissance est ce que j’appelle un concept relationnel, qui définit ce qui se passe entre deux termes présumés connus. Elle est comme l’étincelle d’un court-circuit. On peut conclure que la réalité matérielle n’est qu’un étroit créneau parmi les choses que nous saisissons. La « figure »matérielle n’apparaît que selon certaines conditions, ce qui oblique à reconnaître qu’il existe des réalités qui ne répondent pas à ces conditions.
La réalité, dans la Physique quantique actuelle, est définie comme un champ quantique, c’est-à-dire un « nuage » d’ondes qui s’entrecroisent et qui sont de nature probabilitaire. Chacune est la fonction d’onde d’une particule élémentaire (les particules de matière, au nombre de six), mais cette onde n’exprime que la probabilité pour cette particule d’exister à tel endroit avec tel mouvement. Ces ondes forment un maelstrom jusqu’à ce qu’une collision, conformément aux propriétés spécifique de chaque particule, fasse « s’effondrer » la fonction d’onde c’est-à-dire détermine subitement l’existence de la particule quelque part. Le champ quantique est donc uniquement un champ des existences possibles : celles-ci deviennent réelles comme des événements, imprévisibles jusque là et donc inexistants. La réalité est ce qui advient, parce que c’était possible en vertu du champ, ou plus précisément ce qui est advenu au moment où on la perçoit. Mais le champ des possibles est infini. Donc la possibilité de réalités à advenir est infinie.
Ce qui signifie que toutes les réalités que nous saisissons ou que nous déduisons dans notre monde matériel ne sont que des modèles possibles, car toutes répondent à des conditions particulières : tandis que le concept de réalité est illimité, dans la cadre de sa définition quantique. On peut très bien imaginer une infinité de réalités, qui seraient perceptibles par d’autres appareils de saisie que le nôtre, en face d’un système d’objets saisissables de cette manière. C’est probablement ce qui arrive à la mort, où la conscience maintenue perçoit tout autre chose que notre monde terrestre, car elle n’a plus de sens pour les percevoir. Il faut donc se débarrasser de l’idée qu’il n’y a qu’une seule forme de réalité, celle que nous voyons et touchons, le monde matériel qui nous entoure, défini par cet espace-là et par ce temps-là. Ceci posé, il faut examiner si déjà plusieurs mondes de réalités différentes peuvent être saisis de manières différentes.
Sur la physique d’après la mort, voir : Les paradis introuvables, lespressesdumidi.
La deuxième étape de notre réponse se situe dans la conscience. Les conditions de saisie du monde matériel par nos différents sens sont très connues. Le toucher, la vision, l’audition, le goût, l’odorat ont été très bien étudiés et nous connaissons l’épure limitative de leurs perceptions. Nous savons que chaque sens qui perçoit un aspect de la nature possède un nerf sensoriel spécifique qui rejoint le cerveau et parvient à la saisie de l’objet par des processus d’intégration et de synthèse caractéristiques du fonctionnement du cerveau. Le résultat convergent de ces processus est que nous prenons conscience des objets du monde matériel : on voit l’arbre, on entend le vent, on sent l’odeur de pin, on marche vers lui. Mais l’opération totale est complexe.
Les sens organiques, selon une idée de Reich, sont la passerelle entre le monde matériel, physique et chimique, et la conscience, le monde des idées et de l’esprit, par opposition à matière. Ainsi chaque corps humain a son odeur propre. Dans la relation entre homme et femme, par exemple, cette odeur jour un rôle capital : elle déclenche, par les phéromones principalement, les coups de foudre amoureux, et d’une façon générale l’attirance entre les individus. Certaines odeurs sont irrésistibles : par elles le corps entraîne efficacement les autres corps vers l’amour, l’admiration, le monde des sentiments. Chez les animaux, l’odorat régente toute la sexualité au mode instinctif. Chez l’homme, il joue un rôle éminent dans les ébats amoureux, pour susciter les désirs, qui font le lit de l’amour. C’est pourquoi le désir sexuel, né dans le corps, n’est pas séparable de l’amour, né comme tel dans la conscience. Le sexe et l’amour sont la même chose, qui existent sur des plan différents mais unifiés par le corps.
Wilhelm Reich : L’éther, Dieu et le diable.
Le centre de toute connaissance, et en même temps sa condition sine qua non, est donc la conscience. La conscience est le grand mystère de la nature humaine. On ne peut qu’en faire le tour avec circonspection, car en elle-même elle échappe à toute prise directe qui aurait une distance suffisante. En gros, elle peut être définie comme une fonction de connaissance de ce qui n’est pas elle, et d’elle-même par la même opération. C’est le cogito de Descartes. La conscience est une fonction sans organe, car elle n’utilise le cerveau que comme un organe transitoire pratique destiné à réaliser l’interface entre une fonction immatérielle et un monde matériel. Le corps et le cerveau sont des agrégats amenés inéluctablement à se dissoudre par leur nature même, tandis que la conscience, manifestation de la vie, est appelée à être indestructible.
Prendre conscience du monde extérieur résulte d’une double opération : la première est la transformation d’un objet chimique (une image de vision, un son, une saveur, une odeur) en une idée, élément de la conscience, immatérielle et sans support, qu’on mot sert à placer dans un ensemble culturel dans lequel on atteint sa compréhension. Prendre conscience qu’on voit un arbre, c’est à la fois voir un arbre (en quelque sorte chimiquement), en faire une image dans la conscience, et savoir qu’on voit un arbre, et pas autre chose, et pouvoir le fixer et l’utiliser dans un langage. La deuxième opération, qu’on appelle la conscience réflexive et qui n’est sans doute pas réellement distincte, est un retournement de la saisie extérieure sur ce qui saisit, en sorte qu’on sait qu’on sait (la conscience) qu’on voit (par les sens) un arbre. La preuve est qu’on peut voir efficacement cet arbre sans s’en rendre compte (sans en avoir conscience) : la sensation est non seulement une opération qui saisit, mais une opération qui rend compte de cette saisie à ce qui la fait, c’est-à-dire à la conscience.
Cependant, l’idée de la conscience n’est qu’une représentation de l’objet extérieur, une information : à elle seule elle ne pourrait jouer aucun rôle. Elle est donc toujours doublée d’une valeur pour le sujet : tout ce qu’il perçoit est une image informante accompagnée d’une émotion, qui a le sens ami/ennemi, ou Plaisir/douleur. L’image est toujours perçue avec sa valeur, autrement la vision serait inutile. La représentation doublée de sa valeur émotive va alors produire une réaction. La réflexivité va entrer dans le système moteur et engendrer un comportement d’adaptation, fuite ou recherche. Les émotions sont les déclencheurs des systèmes moteurs de réactions. C’est pourquoi, sans avoir besoin de mots, car toutes les expériences ne sont pas dicibles, les émotions peuvent déclencher des réactions, comme dans l’instinct : la douleur de la brûlure fait retirer la main sans intervention de la réflexion. Les larmes sortent sans avoir besoin d’analyser la cause : elles effectuent le soulagement de la tension sans en avoir la volonté expresse. Le tableau des émotions assure la jonction entre le système des représentations et celui des comportements.
La conscience est donc la source unique de toute connaissance, quels qu’en soient les objets. Nous ne connaissons ce qui est autour de nous que relativement aux conditions de toute connaissance, la relation de compatibilité entre ses deux termes, que j’ai décrite plus haut, mais aussi à toutes les conditions secondaires. Ce qui signifie qu’il ne peut y avoir de connaissance objective : la source de toute connaissance est en nous, créature humaine, à ses conditions et dans ses limites. Toute connaissance n’est que subjective, dans sa source et dans ses formes. L’objectivité n’est qu’un idéal rationnel auquel on doit tendre par certaines méthodes, sachant qu’il n’est jamais atteint et qu’on fait ce qu’on peut…
Voici la conclusion du Physicien Eddington : « En reconnaissant que le monde physique est entièrement abstrait et dépourvu de toute réalité en dehors de ses liens avec la conscience, nous replaçons la conscience dans sa position fondamentale » (The nature of physical world). Le monde réel « n’est qu’abstrait » signifie qu’en tant que matériau de base, il n’est qu’une suite d’idées dans la conscience. Sa réalité n’est qu’un décret que la conscience lui applique selon certaines références. La réalité n’est donc en rien ce que l’on constate immédiatement, mais ce que l’on affirme après examen si l’on a des raisons …. Le matérialisme reste une affirmation gratuite, par ailleurs infirmée par de nombreux arguments. Pourtant il admet et proclame ce qui est pour lui l’argument suprême : la conscience n’existe pas puisqu’on ne la voit pas, mais le cerveau existe et semble la condition de la conscience. Donc il est la conscience. Selon la bonne méthode de Claude Bernard (il y a quand même longtemps) si le cerveau est malade ou détruit, la conscience disparaît. Il est donc la cause de la conscience.
Mais cette « preuve » simplissime n’est que négative, donc inopérante : elle peut laisser la place à d’autres fonctions du cerveau, qui ont été présentées par les meilleurs biologistes, surtout Edelman (prix Nobel). C’est pourtant clair. J’ai dit que la conscience est immatérielle : or elle est la fonction d’interface entre elle et le monde matériel. L’homme est un être doté d’une conscience et immergé dans un monde matériel. La conscience lui permet de devenir un être humain en entrant dans ce monde et de continuer à être humain : le cerveau est la structure appartenant au monde matériel qui supporte la conscience afin de la rendre opératoire dans le monde matériel. Elle organise les idées sensorielles selon la mémoire, les unit à des mots, permet une communication entre hommes par le langage, etc. Le cerveau est l’outil pratique de la fonction conscientielle. De même, un ouvrier a l’idée d’un travail, il a un plan théorique, mais il a aussi besoin d’un outil pour réaliser l’idée. Les fonctions « création » et « exécution » sont différentes. Le cerveau n’est que la condition d’application de la conscience dans la circonstance particulière qu’est la vie dans un corps matériel.
Lire : Philosophie des Sciences, inédit, lespressesdumidi. Edelman : « Biologie de la conscience ». Eccles : « Evolution du cerveau et création de la conscience «
La troisième étape de notre enquête est l’examen général du rôle du corps par rapport à la conscience. Si je suis ma conscience, alors j’ai un corps pour m’en servir dans le monde matériel ; si je suis mon corps, j’appartiens tout entier au monde matériel, qui est la seule condition de mon existence. Quand mon corps meurt, je meurs tout entier avec lui et il n’a plus aucune valeur, c’est juste un déchet. La considération du corps dépend de la réponse à ces questions.
La thèse la plus fréquente sur le sujet et que la conscience, loin d’être retirée dans le seul cerveau, est présente de quelque manière dans chaque cellule du corps. A la mort, on se rend compte que l’extinction de la vie n’est pas du tout un processus instantané comme lorsqu’on éteint un bouton, mais un processus assez lent pour comprendre que les cellules s’éteignent toutes l’une après l’autre. Le sentiment et la mémoire d’un membre qui a été coupé s’explique par la solidarité permanente entre toutes les cellules d’un corps : toutes communiquent entre elles sans cesse. C’est bien l’impression qu’on a : les terminaisons nerveuses, notamment celles de plaisir et de douleur, occupent pratiquement tout le corps, sauf les parties automatiques : dès qu’on a mal quelque part, c’est tout le corps qui semble y participer. Il en est de même des plaisirs les plus intenses, comme ceux du sexe, qui sont vécues surtout par l’intermédiaire du cerveau central. Ceux qui ont vécu des situations d’impuissance avec tout sous la main le savent.
Mais ceci n’est pas qu’une impression. Le corps humain comporte environ 60.000 milliards de cellules (selon Cannenpasse), réparties en plusieurs catégories. Toutes les cellules sont entre elles en communication permanente par des radiations, des ondes. Dans chacune des cellules du corps se trouve, située dans le noyau, une molécule d’ADN qui réplique les gènes hérités des deux parents. Elle assure une représentation originelle, une sorte de modèle de la nature de l’individu, qui se perpétue à travers les générations comme les cellules germinales elles-mêmes. Ce modèle sert de référence à toutes les opérations dépendant du système immunitaire, notamment celles qui assurent la cicatrisation des plaies externes et de toutes les guérisons « spontanées ». Toutes les guérisons sont spontanées et proviennent du corps lui-même : mais nous pouvons les aider en corrigeant des déficiences ou en renforçant l’élimination des corps étrangers, comme les bactéries ou les virus. Le danger de toutes les médications est qu’en apportant une aide à la guérison, elles apportent sur d’autres points des ravages négatifs. Toute médication est un calcul pour savoir si l’aide au corps peut l’emporter sur les inconvénients. Cette molécule ADN s’applique dans d’innombrables automatismes d’équilibre et de régulation. Leur existence permet de penser que le corps devrait fonctionner tout seul. Son état normal est la santé.
Sur toute cette question, on peut approfondir à l’aide de la magnifique synthèse du Pr Cannenpasse : Biologie, Médecine et Physique quantique, sur Internet, chez Gassendi
Une très forte unité entre la conscience, qui pense le « Moi », et le corps qui le pratique, est réalisée dans la Création. Notre identité individuelle, notre Moi, est jeté par la fécondation dans un monde spatio-temporel dont les apparences figurent la réalité matérielle. Notre Moi de corps conscient s’y développe selon des lois rigides afin de devenir un être humain au sens plein. Nous recevons donc un habillage spatio-temporel adéquat qui est le corps conscient. Par principe, cet ensemble corps conscient est adapté à ce genre de réalité-là. Mais la conscience est capable de saisir d’autres types de réalité que la spatio-temporelle, c’est-à-dire la réalité matérielle, comme elle le prouve sans cesse dans son fonctionnement. Elle est capable de musique, d’art, de mathématiques, de rêves, d’amour, etc. Cet assemblage, qui ne peut qu’être temporaire comme tous les agrégats, est fait pour se dissocier un jour. Alors notre conscience, qui assure le développement et la maturation du Moi, entre dans une autre réalité, parmi les innombrables possibles, sans doute pour terminer cette maturation.
Sur ce problème, voir le thème Idée en Or : le sens vrai de la réincarnation.
Cette conception entraîne la qualité du rapport que nous devons avoir avec notre corps. D’abord une admiration sans bornes et une considération infinie pour sa perfection et son intelligence. Le corps humain est d’une complexité effarante, il est sans doute le plus compliqué des objets existants sur terre. Ensuite, il est aussi l’un des objets les plus esthétiques : quoi de plus beau qu’un corps de jeune fille ? Comme disait Platon, la beauté est le déclencheur de la désirabilité. Puis le respect pour la référence unique qu’il nous fournit : il est pour nous le modèle de la Nature, car il est le lieu où nous sommes le plus étroitement lié à la Nature. Tout ce qui est du corps est de la Nature, donc le fruit de la Création divine. Le corps nous permet, avec les autres objets de la Nature, de lire Dieu en sa création à chaque instant. Ses plaisirs et ses douleurs sont des indices précieux de la valeur de la vie. Nous sommes créés pour utiliser ce corps et en tirer tous les plaisirs dont il est capable, car nous réalisons ainsi le plan de la Création Divine. Et nous devons accepter ses douleurs afin de les rendre utiles. Il n’est ni la cage méprisable d’un esprit qui serait la seule valeur naturelle, ni une fin en soi, puisqu’il est avant tout un instrument. Il est notre façon d’être dans le monde matériel où nous avons été mis, et où rien ne mérite d’être renié. Il est normal de l’orner, d’en soigner la santé, de le cultiver, afin de le porter, comme tout le reste de nous-mêmes, au mieux de sa forme.
Que vaut alors l’expression courante : un corps et une âme ? Il faut d’abord savoir ce qu’on entend par : âme. Si c’est une forme « surnaturelle » qui domine une forme « bassement » naturelle, alors non, c’est de l’idéologie, l’idée prévaut sur les faits. Si l’âme a été créée par Dieu pour lui ressembler, le corps également. La conscience et son intelligence sont aussi bien des créations divine que les organes du corps, sexuels ou non ! Il n’y a rien de « sale » dans le corps, comme les soignants apprennent à le voir, tandis qu’il peut y avoir beaucoup d’idées ignobles dans une conscience… En réalité, le surnaturel n’existe pas : la Nature est Dieu, se confond partiellement avec la Divinité, dans la mesure où rien de l’Univers ne pourrait exister s’il n’était constamment soutenu dans l’existence par une création permanente. Ce qu’on appelle le surnaturel est donc avant tout naturel, mais imprégné de Divinité. Ame vient de « anima », ce qui anime, ce qui manifeste qu’un objet est vivant, qui le fait bouger. Cette âme-là est parfaitement naturelle, c’est ce qui différencie le vivant de l’inerte. Lui donner une fonction surnaturelle est donc une idée religieuse.
A l’origine une nappe infinie d’énergie a précédé tout ce qui existe : on peut l’identifier à ce que nous appelons Dieu et qui n’est pas seulement un « personnage » à qui nous nous adressons, mais de qui provient toute existence et toute conscience. C’est pourquoi dans le Tantrisme, le Créateur revêt deux images : celle d’un Penseur qui veut et calcule toute la création (Shiva, figure masculine) et d’une figure féminine, Shakti, qui engendre concrètement toute existence. Shakti personnalise l’Energie, car dans le monde créé tout advient par l’énergie, qui est la forme concrète la plus élémentaire. L’introduction de la conscience au modèle divin dans la création matérielle est une sorte de semence destinée à ce que progressivement par elle le monde soit divinisé.
Dans le Tantrisme, la Divinité est immanente en l’homme, pas seulement dans sa conscience mais aussi dans son corps, dans cet ensemble indissociable que la création a voulu. Mais le Moi humain dépasse la Création matérielle, justement parce qu’il est une conscience et une intelligence, qui sont les attributs premiers de la Divinité. Chacun d’entre nous, corps conscient, est une parcelle émanée de la Conscience divine. C’est pourquoi la conscience humaine est sans doute aussi éternelle que Dieu, faite pour exister dans de nombreuses réalisations, dans d’innombrables mondes et d’innombrables vies, qui se situent du côté du corps. La conscience transcende le corps comme la Conscience divine transcende tout ce qui est. On peut peut-être dire aussi que l’unité d’une conscience et d’un corps est la seule forme logique, comme en Dieu, car elle rassemble d’une part l’idée, le projet, la finalité, et d’autre part, les instruments pratiques appropriés au monde réel dans lequel elle existe.
Sur ce thème, voir le Carnet du Tantrisme n° 4 : le principe de réalité, les trente-six tattva, le principe de non dualité. Et le Carnet n° 3, schéma d’ensemble du Tantrisme. Ce principe de non-dualité a justement été « retrouvé » par la Physique quantique sur le problème de la conscience (Cannenpasse)

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