la Caverne d’ALI-BABA,
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Le territoire et la tanière

Le Cantique des cantiques
idée en or
L’existence de Dieu n’est pas une croyance.
Je suis exaspéré par les gens qui répètent, comme ils l’ont entendu dire : « je ne crois pas à l’existence de Dieu », ou se tourmentent devant cette question. D’abord cette phrase même n’a aucun sens, et ne comporte aucune réponse possible de ce fait. Une existence est par définition matérielle : si on la constate, ce n’est pas une croyance. Le fait qu’il y ait des arbres devant moi en ce moment où j’écris n’est pas un objet de croyance, mais un constat. Quand on déclare en Physique qu’une particule existe, c’est qu’on la voit, alors que souvent elle était depuis longtemps une nécessité mathématique encore non prouvée. Un constat est la prise de conscience de quelque chose d’indubitable ; une croyance est l’adhésion à une proposition incertaine, qu’on retient pour des raisons diverses mais pas pour sa véracité. Il n’y a donc aucun sens à parler de « l’existence » de Dieu : l’existence est la propriété des objets matériels perceptibles par les sens humains.
Arrivés ici, je dois vous avertir : ne vous laissez pas enivrer par les bulles tourbillonnantes des mots, ne dites pas : c’est trop difficile ! Les idées sont faciles, leur enchaînement est convaincant, la pensée d’ensemble est claire. Faites donc comme Descartes, confirmé par Boileau : n’allez pas trop vite (vous seriez soûlés !), divisez les phrases en éléments simples, réfléchissez aux mots, qui sont clairs, et pénétrez l’énonciation sans difficultés. C’est une pure rumeur que ces problèmes sont compliqués. Je suis sûr que vous résolvez souvent des questions beaucoup plus compliquées ou pleines de lacunes. Je continue donc, suivez-moi bien. Si vous ne comprenez pas de suite, laissez le vin mûrir…
Dire : exister, ne peut s’appliquer qu’à des objets matériels constatables par l’équipement de connaissance dont l’homme est doté, les sens, la conscience. Or par définition Dieu n’est pas un objet matériel : il est donc impossible de constater son existence. Pourtant nous allons voir qu’il s’impose à tous et qu’il faut chercher une voie appropriée pour savoir ce qu’est cet objet-là.
Dieu est défini comme supposé être la Divinité : être qui se caractérise par son rôle de Créateur de toutes choses. Donc sans lui, rien n’existerait. Mais si tout ce qui existe est l’effet de son action créatrice, il ne peut pas lui-même en être l’effet. Dieu, source et origine de toute existence, ne peut pas en même temps se trouver dans la liste des existants, qui sont par définition des créatures. S’il est la Cause, il ne peut être en même temps l’effet. C’est là une voie logique, que j’ai développée en détail dans deux ouvrages. Dieu ne peut être pensé que comme la cause, elle-même non causée, de tout ce dont l’existence est constatable. Si toutes les créatures sont définissables comme des existants, Dieu est la cause des existants : il en peut donc pas ne pas être lui-même existant, puisque tous les effets sont contenus dans la cause. Mais cette participation à l’existence n’a pas le même sens que les existences créées. Dieu peut être pensé, mais son existence ne peut pas être constatée.
Voie logique : « Les paradis introuvables » et : « thèmes et variations sur la Philosophie des Sciences » Pressesdumidi.
Pour penser Dieu il faut donc une autre voie, que nous trouvons en Physique. La raison fondamentale de tout ce dont nous constatons l’existence, l’univers tout entier, est l’Energie. L’Energie est le concept le plus général dont toutes les existences sont des formes concrètes, c’est-à-dire perceptibles : l’énergie calorifique (la chaleur), l’énergie électrique, l’énergie gravitationnelle, l’énergie acoustique, l’énergie physique (les forces), l’énergie électro-magnétique, l’énergie lumineuse (les photons), l’énergie corpusculaire, qui produit certaines structures définissables comme des masses, la matière. L’Energie pourrait être indentifiable à Dieu comme le support de ce fondement universel sur lequel les formes énergétiques deviennent des objets existants, au sens de concevables dans l’espace-temps. Leprince-Ringuet déjà identifiait Dieu avec la lumière, ce qui est une interprétation réductrice.
Mais on ne peut pas en rester là. Dieu, s’il est l’énergie qui sous-tend toute existence, ne peut pas seulement être un concept. Car les existences autour de nous sont la source de notre expérience. Nos arbres, nos chiens, nos voisins, les êtres que nous aimons, tout cela n’est pas seulement constaté : tout cela est une expérience vitale, par le biais de la conscience qui les saisit. Retournons encore à Descartes : je pense, donc je suis. En pensant à son existence, il la constate, dans sa pensée même, qu’on appelle de ce fait la conscience réflexive. Si je vois un arbre devant moi, je conclus à son existence, et de ce que je vois cet arbre, je conclus que j’existe, moi aussi. Constater une existence implique toujours le constat de sa propre existence. On se connait comme le sujet de cette connaissance. On sait ce qu’on voit, qui on est, ce à quoi on pense, ce qu’on fait et veut faire.
Par cette saisie de tout ce qui existe autour de nous se construit notre connaissance expérimentale de ce qui est et par là de ce que nous sommes. Toute connaissance est une expérience, et elle est avant tout expérience des existences, celles des choses autour de soi et par là celle de nous-mêmes.
La liaison avec la suite est apportée par Spinoza : Natura sive deus, dit-il. Toutes ces existences dont nous prenons l’expérience forment ensemble la Nature, toute la Création. Et, dit Spinoza, la Nature, c’est Dieu. Dieu inconnaissable par lui-même mais manifesté par cette Nature dont il est l’Energie générale. En expérimentant tout ce qui est dans la nature, en rencontrant toutes les formes concrètes de cette Nature, nous rencontrons chaque fois l’Energie-Dieu. Dieu n’est donc pas un concept abstrait qu’on a juste à remiser dans un coin inutile de notre mémoire, mais une expérience vitale et constante. Puis, comme nous sommes aussi, nous autres humains, des objets matériels dans lesquels l’énergie tourbillonne sans cesse, nous avons en nous cette Divinité immanente qui soutient toute existence. Sans l’Immanence permanente du Créateur, rien ne se maintiendrait dans l’existence, rien n’existerait. La conscience de Dieu immanent est le sentiment qu’il est à chaque seconde, la source de ce que nous sommes, de notre existence, et la source énergétique de tout ce que nous faisons. Il n’ya pas à croire en lui, mais à vivre avec lui, puisque c’est un fait.
Le devoir premier de chaque être humain est ainsi de comprendre cette structure, de constater le monde qui est devant nous, de prendre conscience que sans l’immanence divine nous nous éteindrions comme une lampe sans huile… Comprenez-vous maintenant la stupidité de cette démarche qui s’interroge sur « l’existence de Dieu ? » Dieu n’est pas un existant au même titre que tout ce à quoi il a conféré l’existence. On ne sait pas quelle est la sienne, puisque nous n’avons que le modèle du monde matériel. Mais d’après ce modèle, nous savons qu’il est le soutien dans l’être de tout ce qui est, sa Raison, sa Cause, dont nous avons l’expérience pratique. Dieu n’est pas seulement une idée, il est, bien plus près de nous, une expérience constante, au fond de notre conscience, celle des existences .
En annexe, on peut s’amuser à pourfendre une autre idiotie : « Je ne crois que ce que je vois » disent ceux qui se nomment (sans honte !) les matérialistes. Si je vois, je n’ai pas à croire, mais à constater. Et à me taire. Si je crois à quelque chose, c’est précisément à ce que je ne vois pas, car ce sont des certitudes, bien qu’on ne les voie pas ! Si je veux nier l’existence de ce que je ne vois pas, c’est 95 % de la Physique qu’il faut mettre à la poubelle…. Et toute la Physique quantique. Pourtant ce sont le plus souvent des Scientifiques qui sont matérialistes : certes, ils doivent l’être sur le plan méthodologique, mais ils ne peuvent l’être sur le plan ontologique, celui de la nature des choses.
Un bref détour par le Tantrisme va rendre les choses de Dieu beaucoup plus claires. Dieu comporte (par rapport à nous) deux aspects : l’un est sa nature : invisible, créateur, tout puissant, infini etc… En réalité c’est l’Etre sans attributs, car tous les attributs qu’on lui prête sont pris par rapport à nous. Or (partons du constat) nous existons. Comme personne n’a pu se créer soi-même est que toute choses est un effet, il nous faut une Cause. Ainsi le Dieu sans attribut (Shiva, selon le nom Hindou) se relie-t-il à nous, les existences créées, en sorte qu’on puisse le connaître, au moins par la pensée. De Shiva émane l’autre aspect de la Divinité, divin lui aussi également, que le Tantrisme désigne comme la Déesse Shakti. La Déesse Shakti symbolise l’Energie fondamentale : son royaume est toute la création : toutes les créatures, qui n’existent et ne bougent que par l’énergie. Shakti est Dieu manifesté, le Deus de Spinoza, celui qu’on a présumé au vu de la Création, mais que Shakti représente symboliquement dans la réalité créée.
Carnets du tantrisme : n°3 : schéma d’ensemble – n°4 : les principes – n° 6 : la réalité – n°8 : le troisième œil.
C’est Shakti qui est immanente en chaque créature, en chaque être humain : et, ce qui n’est pas innocent, Shakti est une représentation féminine. Elle symbolise la douceur, la fertilité, l’amour, la beauté, la force civilisatrice, tout ce qui pare les femmes humaines réelles : en les admirant, en les aimant, en leur faisant l’amour, c’est bien avec Shakti-Dieu immanent que nous nous relions. L’univers est définitivement l’œuvre du masculin uni au féminin, distincts au départ et que nos efforts spirituels devraient réunir un jour dans une non-dualité qui est bien une divinisation.
Cette saisie de Dieu n’a aucunement besoin d’être exprimée par les voies dogmatiques et rituelles d’une religion. Le Tantrisme est une pensée rigoureusement rationnelle : il n’est en rien nécessaire de l’utiliser dans la religion hindoue, ni dans aucune autre. Les religions sont des produits historiques, des formes populaires dont les hommes, très terre-à-terre, ont eu besoin pour penser Dieu. En fait ces formes ont été sans cesse multipliées, développées, renforcées d’excroissances plus ou moins légitimes. Elles sont toutes devenues des sortes de carcans mentaux qui empêchent la vie.

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