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Le territoire et la tanière

Le Cantique des cantiques
Une idée en or
Peut-on trouver un principe unitaire de toute la Nature ?
Cette question signifie ceci : le monde qui nous entoure nous apparaît comme un immense système très complexe, c’est- à dire composé d’éléments très variés, perpétuellement mouvant, que son caractère imprévisible et inmaîtrisable nous empêche de comprendre. Nous nous y attaquons par d’infimes parties, dans lesquelles nous avons fini par comprendre et agir à peu près bien, mais l’ensemble de la Nature reste largement un mystère. La question est donc de savoir si en observant les choses attentivement, nous pourrions y déceler un principe très général par lequel toutes les parties de la Nature pourraient être reliées d’une façon logique, ce qui nous permettrait de comprendre comment le système marche, et donc de le maîtriser mieux. L’un des exemples de cette démarche est la découverte des écosystèmes, des relations qui maintiennent ensemble les éléments d’un climat, d’une configuration physique, d’une population animale, etc.
Commençons par quelques constats simples que chacun peut observer autour de lui. Le premier est que tout système est plus puissant que la somme de ses éléments objectifs, de ses facteurs visibles. Par exemple la montée en température de 2° dans une région est plutôt un élément favorable pour celle-ci. Mais si tout le système des températures, sur toute la planète, augmente de 2°, y compris dans les pôles, sur les sommets des montagnes, etc, alors l’ensemble devient un risque de catastrophes. Une annexe de ce premier principe est que la plupart, et probablement tous les systèmes de la planète, sont composés d’éléments hétérogènes : ainsi la géographie peut se modifier avec l’échauffement général de la planète, mais cet échauffement provient d’un certain nombre de facteurs naturels, compréhensibles par les lois physiques ; mais aussi de l’action humaine, des décisions de particuliers, de l’avancement des techniques, des besoins économiques, des limites financières, etc. Ces facteurs invisibles sont difficiles à analyser, voire impossibles à maîtriser. On conclut que non seulement tout système est plus puissant que la somme de ses éléments, mais que l’hétérogénéité de ces éléments ne permet pas le plus souvent de prédire cette surpuissance. Un exemple parfait de cette surpuissance inmaîtrisable s’observe dans le système d’une foule. A partir d’une certaine quantité de participants, la foule peut devenir « folle ».
Tous les systèmes qui composent la Nature sont mobiles : ils sont sans cesse en mouvement, en évolution. Il n’existe absolument rien de stable dans la nature, sauf des apparences de stabilité dues à l’échelon des phénomènes. Ainsi une montagne paraît immobile à cause de l’échelon des temps et des vitesses qui est le sien. Chaque mouvement naturel a sa vitesse propre. Or, tout mouvement implique une force qui le produit. Et toute force est une forme d’énergie. C’est pourquoi on peut dire que le concept d’énergie est le plus général de tous, car il exprime la généralité des forces diverses qui s’exercent dans la nature. La force cinétique anime les mouvements des objets matériels à l’échelle humaine, la force électro-magnétique les mouvements corpusculaires, la force calorifique l’échauffement, etc. Donc toute la Nature est en mouvement incessant, et toute la Nature est un paquet d’énergies qui font mouvoir les systèmes qui la composent. Tout cela n’a rien de mystérieux ni de compliqué et peut s’observer partout. Mais ce mouvement perpétuel est-il simplement laissé au hasard, ou peut-on y discerner une loi d’ensemble ?
Tout système est un système de forces. La surpuissance d’un système par rapport à ses éléments peut donc se comprendre comme un surplus énergétique, ce qui est facile à comprendre. La surpuissance ne provient pas de l’addition des éléments, mais de la combinaison qui s’instaure entre les énergies de ces éléments. D’autant que cette combinaison comprends quasiment toujours de ces éléments invisibles et immatériels signalés plus haut. Un exemple amusant permet d’observer cela : quand deux personnes cherchent à se rencontrer, ils se décrivent objectivement : taille, couleur des yeux, caractère, etc… Mais pour savoir si un système affectif pourra se construire entre eux, ils ajoutent : « et plus, si affinités »… Ce qui signifie que la description objective des éléments ne suffit pas à faire le système dit « amour », et qu’il faut y ajouter quelque chose de plus intuitif pour que le système se constitue.
Ce qui ajoute de la surpuissance au système quand il s’est réalisé est la synergie des éléments. Cela signifie qu’aux propriétés objectives de ces énergies s’ajoutent des affinités plus ou moins qualitatives, en tous cas peut-être davantage liées à des formes qu’à des quantités. Ainsi, dans tout système d’énergies, les forces agissent chacune selon sa nature : il n’est pas dit d’avance qu’elles s’organisent de manière à concourir à une même fonction du système. Elles peuvent tirer à hue et à dia. La résultante peut être nulle. On distingue ainsi dans tout système constitué des forces de cohésion et des forces dispersives contraires. Un système n’existe et n’est stable que si les forces de cohésion l’emportent sur les forces dispersives. Les vecteurs des forces (leurs directions) sont donc un facteur essentiel : un système n’existe que si un équilibre de ce genre est possible. Un système est viable, c’est-à-dire susceptible de s’organiser comme tel, que s’il est possible que la somme des forces dispersives soit inférieure à celle des forces de cohésion. Si cet équilibre s’inverse, le système disparaît : « tout royaume divisé contre lui-même périra » disait Jésus. On trouve donc déjà une règle d’existence : un système ne peut exister que si les vecteurs de ses éléments sont majoritairement dans le même sens, que si la cohésion l’emporte sur la dispersion.
Bref la diversité des mouvements dans la Nature repose sur les attractions-répulsions. Les attractions forment les systèmes particuliers et les répulsions produisent les mouvements entre eux. Tous les systèmes de la nature, l’eau, l’air, la chaleur, les climats, la géologie, les océans, les populations végétales et animales, etc. sont des systèmes et ceux-ci suivent les principes qui viennent d’être montrés. La Nature est finalement construite sur un petit nombre de principes et quelques modèles, dont les mouvements produisent l’apparence de variabilité qu’on connaît.
Les forces qui unissent leurs vecteurs afin qu’un système puisse apparaître et durer sont par nature des forces d’attraction : elles attirent les éléments vers la formation d’un système. Les autres forces sont des forces de dispersion. La Physique reconnaît bien que les quatre forces fondamentales sont des forces d’attraction : elles forment les atomes, les systèmes planétaires, la gravitation, etc. . Si la planète, et même tout l’Univers avec ses étoiles et ses galaxies , continuent de tourner, c’est bien que partout les forces attractives l’emportent sur les forces dispersives. Si des étoiles disparaissent, si les dinosaures ont disparus, si des Empires et des civilisations ont disparus, c’est qu’un jour l’équilibre s’est inversé et que les forces dispersives ont détruit le système. Donc si l’Univers existe, et toute la Nature créée, c’est parce que l’attraction est la force générale dominante qui assure l’existence et le maintien des formes dans toute la Nature créée. Elle est le principe que nous cherchions, qui conditionne tout ce qui existe, toute la Nature.
Mais maintenant il faut aller plus loin dans le détail. On observe dans la Nature qu’elle contient des systèmes matériels et des systèmes immatériels, notamment la conscience des vivants et surtout celles des hommes. Ces systèmes sont des facteurs comme les autres et participent aux finalités des systèmes plus vastes. Mais ils sont invisibles, la plupart du temps insaisissables. Dans l’interprétation courante d’aujourd’hui , la Nature se divise en systèmes matériels et en systèmes psychiques. Par principe, on pense que seuls les systèmes psychiques sont caractérisés par la conscience qu’ils manifestent. Du coup la Nature est divisés en trois types de système : les matériels inertes, présumés dénués de toute conscience ; les systèmes vivants « primitifs », végétaux et animaux, dotés d’une certaine conscience difficile à délimiter, et les systèmes humains dotés d’une conscience réflexive.
Cette vision de la Nature est très largement gratuite. Il serait plus rationnel de concevoir la conscience comme une dotation universelle mais susceptible de degrés : les cailloux en auraient un minimum, les plantes davantage et les animaux encore plus. Parmi ceux-ci, il est déjà évident que la conscience se mesure très différemment entre un lombric, une chauve-souris, un bonobo. C’est la vision tantrique : tous les êtres sont créés par Dieu, donc à l’image de Dieu, donc manifestent les mêmes qualités que leur cause : notamment la conscience et l’intelligence, mais à des degrés très divers qui vont, non seulement dans les groupes mais chez chaque individu, d’une dose infime à une maîtrise supérieure.
En appliquant les conclusions obtenues jusqu’ici, on voit que la Nature est faite de système dotés de rendements divers, chacun selon sa nature et celle de ses éléments : les montagnes, les océans, les continents, les espèces animales, les espèces végétales et les sociétés humaines. Tous ces systèmes fonctionnent sur les mêmes principes qu’on a trouvés ci-dessus. Ce qui les différencie, c’est le taux de conscience que chacun possède. On peut alors distribuer à chaque système le principe d’attraction qui l’a amené à l’existence, en le mesurant au degré de conscience qui est la sienne.
Ce qui fait une montagne ou un océan est alors uniquement une force d’attraction purement physique. Ce qui fait une espèce végétale ou animale est une attraction plus subtile et plus complexe. L’existence et le maintien de ces derniers systèmes dépend de conditions qu’on a appelées économiques, au sens le plus général d’organisation des besoins : on a alors des éco-systèmes, par définition vivants. Tous ces systèmes donnent lieu à des Sciences qui les expliquent.
Les sociétés humaines sont, elles aussi, reliées par d’innombrables facteurs dont les uns sont matériels et les autres culturels. L’homme est composé de matière et de conscience : il participe donc de ces deux types de principe. J’admets que tout cela est très simplifié : mais nous cherchons des principes généraux et dans ce cas la précision gêne. La matière, le corps, sont l’objet de forces attractives, par exemple le désir sexuel. La conscience, organe de la culture, régit le culturel, par exemple l’amour. L’attraction qui régit les sociétés changent donc de sens parce qu’on y ajoute des facteurs psychiques. Les sociétés humaines sont maintenues par des liens culturels qui appartiennent tous à une catégorie générale : l’amour. L’attraction physique est le principe général d’existence de tous les corps matériels, y compris le corps humain ; l’amour, sous ses différentes formes, est le principe d’existence des individus humains et des groupes humains, caractérisés par la culture. L’amour est la condition d’existence des systèmes humains, sachant que cette catégorie peut prendre des qualités et intensités très diverses : le lien social relie un peuple de même origine, la solidarité relie les gens d’un même groupe, l’amitié rassemble de petits groupes, l’amour proprement dit relie des individus. Les systèmes sont donc d’autant plus exigeants et difficiles à faire exister qu’ils sont plus petits et que le lien qui les unit est complexe et sophistiqué. L’Amour avec un grand A ne relie que quelques individus qui ont pu se rencontrer et construire le mini-système « couple ».
En dernier ressort, le lien le plus général qui assure l’unité de la Nature est l’Amour, selon toutes ses sous-catégories et ses différentes formes. L’Amour entre deux êtres humains, créés pour cela en deux genres très attirés d’un vers l’autre par le désir sexuel, est l’archétype du lien naturel. Le sexe est l’énergie fabuleuse mise en place par le Créateur chez tous les humains pour les attirer les uns vers les autres en dépit de toutes leur différences et les amener à réaliser par l’amour l’unité planifiée de la Création. Mais si l’on regarde bien, c’est toute la Nature qui n’existe que par les attractions qui l’ordonnent en systèmes, qui font qu’elle fonctionne convenablement, qui fonde l’ordre de la Nature. Le sexe et l’amour sont les archétypes de l’ordre naturel, à l’image de Dieu (Shiva-Shakti). S’il en est ainsi, il n’est pas anormal de s’attendre à trouver dans le couple l’assortiment usuel de forces dispersives et de forces de cohésion : mais eux, les membres du couple, ils sont normalement le pouvoir et la liberté de les ordonner comme ils le veulent. … C’est pourquoi le couple est une construction.
Lire : Carnet du Tantrisme, n° 3, Schéma d’ensemble du Tantrisme. Pressesdumidi
L’amour est une force prodigieuse, presque sans limite, qui anime les corps et les esprits. Chez une jeune fille en état de puberté, il peut déplacer les armoires et décrocher les tableaux : la plupart des maisons hantées le sont…par le sexe et l’amour. Dans l’éducation, surtout celle des adolescents perturbés, le seul levier qui marche est l’amour, car la seule vraie frustration qui les a démolis est l’absence d’amour. Chez tous les êtres humains, à n’importe quel âge, le besoin d’amour est le plus fort et le plus solide de tous les besoins : il défie la faim, la soif, la fatigue, les rebuffades, les empêchements, la loi, morale, la religion, la société… L’amour est plus fort que tout car c’est la seule chose dont le manque puisse faire mourir ou rendre fou.

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