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Le territoire et la tanière

Le Cantique des cantiques
idée en or
Les aberrations de la vie sexuelle publique.
Il est évident que la vie sexuelle est une affaire strictement privée, régie par les conventions prises entre les partenaires, et généralement pratiquée en dehors du regard d’autrui, dans un espace privé. La théorie est donc simple. Mais de tout temps et partout, la lisière du public et du privé dans la pratique sexuelle n’est pas simple du tout, ni socialement, ni psychologiquement. Socialement, une frontière nette supposerait que tous les membres d’une société aient la même conception de la vie sexuelle : Dieu sait (et lui plus que tout autre !!) qu’il n’en est pas ainsi et qu’en son nom on a régi la vie sexuelle publique de toutes les manières possibles et que généralement on l’a rejetée le plus loin possible dans les caves du secret. Pourtant si, psychologiquement, le sexe est une faute et par là honteux publiquement, la transgression y ajoute un sel souvent indispensable. Si personne ne bronche, où est le plaisir de se laisser voir nu en public ?? Et si tu emmènes ta chérie au restaurant en lui demandant d’y aller sans sa culotte, quel est l’intérêt, si la plupart des autres en font autant ? Si, à l’île du Levant où tout le monde va nu, il est obligatoire de porter un mini-bikini dans les rues, le principal intérêt est de ne pas en mettre. Bref le rapport de l’espace public avec l’espace privé en matière de comportement sexuel est fort compliqué. L’interdiction est toujours une sorte de provocation à la transgression, quand elle vise à limiter un plaisir et qu’aucun inconvénient évident ne s’interpose.
Si j’entends ici dénoncer des aberrations, ce n’est pas du fait que le sexe en culture judéo-chrétienne soit très généralement jugé honteux et peccamineux, donc tolérable seulement s’il est caché : l’aberration provient surtout des incroyables incohérences qui, dans cette règle générale, se manifestent partout. Il ne peut en être autrement quand on instaure des interdictions sur les plus grands plaisirs possibles et que la loi collective prétend contraindre l’infinie variété des opinions dans une affaire par nature privée et individuelle. C’est la loi qui est désavouée dans ces transgressions. On peut par ailleurs juger que, dans l’état actuel, ces aberrations sont un bien : c’est un peu d’huile pratique qui permet au système totalement verrouillé de fonctionner cependant, tant bien que mal, dans des formes tolérées sur lesquelles on ferme les yeux. . Mais ni la logique ni l’honnêteté n’y trouvent leur compte puisque le sexe ne peut s’exercer qu’à l’abri d’une hypocrisie suffisante et généralement énorme. Il vaut mieux revaloriser le sexe et ceux qui s’y adonnent à un titre quelconque, comme une activité agréable, saine, physiologiquement nécessaire, et qui ne justifie aucune condamnation morale.
On a arrêté et condamné récemment près de chez moi deux masseuses accusées de faire des massages érotiques. Elles étaient déclarées, occupaient un appartement selon la loi, et on peut penser que tout le monde était content. Rien dans la Loi ne s’oppose à une activité dont le but est de satisfaire la demande d’une clientèle libre et adulte, sans aucun inconvénient pour personne. Pourtant des voisins les ont dénoncées à la police, qui est venue les arrêter. Le motif invoqué était le « dérangement » causé par des allées et venues jugées excessives… Pourtant si l’activité avait été celle d’un médecin ou d’un autre service quelconque, la police aurait dit aux plaignants : la loi vous demande de le supporter… Quelle était la différence ? Il s’agissait de sexe, et c’était donc insupportable… Sans exclure la simple jalousie…. La Loi a donc fonctionné malgré l’absence de tout délit, par le biais d’une évaluation purement morale dont la loi n’a rien à faire. Il est temps que la Justice, en matière de sexe, se cantonne strictement à la loi. Je me souviens d’un juge qui, entré en lutte contre tous les bistrots toulonnais à serveuses montantes, me disait : « je les aurais tous ! J’y mettrai le temps, mais je les aurais tous ! » La mauvaise foi était évidente et ce qui le menait était uniquement sa propre pudibonderie. Il y est arrivé : il n’y a plus depuis longtemps de serveuses montantes. Ni plus de bistrots non plus. La joyeuse noctambule toulonnaise est devenue un quartier mort que personne ne veut plus habiter. Quel est le bénéfice ?? (et que d’emplois perdus !!!)
La prostitution est un problème public, puisque le sexe s’offre dans des lieux publics, et que ce n’est possible qu’intégré à la vie sociale de quelque manière. C’est donc là un problème plutôt politique, celui d’une conception de l’ordre public. Il est très précisément le conflit, aigu en culture chrétienne, entre la morale et le Droit. Le Droit repose sur des principes généraux et n’a pas à adopter des positions morales propres à un groupe particulier. En Europe, et en particulier en France « fille aînée de l’Eglise catholique », le poids de l’Histoire et de la coutume fait que cette délimitation n’est pas convenablement fixée. La Justice juge souvent selon l’opinion publique dominante, voire selon l’opinion d’un juge. La preuve en est que les jugements en cette matière diffèrent notablement selon le pays où se juge l’affaire : en Belgique et en Allemagne, notamment, il n’existe pas de loi Marthe Richard.
Au cours des temps et des pouvoirs divers, le traitement de la prostitution a beaucoup changé. On peut distinguer quatre conceptions distinctes. La plus répandue dans l’Histoire considère la prostitution comme un service sacré, en l’honneur d’une déesse appropriée, et peut s’étendre éventuellement à une clientèle civile. C’est donc avant tout un acte de piété. C’était la situation en Mésopotamie. La prostitution se faisait dans les temples, qui recueillaient l’essentiel des paiements. Elle servait donc à l’édification, à l’entretien, à l’embellissement et au personnel, des temples. De plus, la coutume obligeait les jeunes filles de bonne famille à se consacrer à la prostitution sacrée pendant une année : elles en profitaient pour se monter un trousseau. Il faut donc conclure que dans la ville de la déesse Ishtar, à Babylone, la prostitution et l’activité sexuelle n’avaient aucun caractère répréhensible, au contraire : en faisant l’amour, on sacrifiait à Ishtar avec piété et l’on assurait en même temps le retour des saisons qui assurait la vie des champs. Une fois par an, une hiérogamie (mariage sacré) unissait publiquement le Roi, au dernier étage d’une zigourrat, à la plus belle des courtisanes, afin d’assurer que la Déesse Ishtar ferait bien revenir le Printemps. Une procession de prêtres d’Ishtar, entièrement nus, portaient les offrandes, d’en bas jusqu’à l’étage du mariage sacré.
En Inde, la prostitution est également sacrée, mais différemment. Les courtisanes (les devadasis) entraient très jeunes dans les temples : elles y habitaient, en assuraient l’entretien, mais servaient surtout de partenaires dans les cérémonies, notamment les maithuna (rites sexuels en groupe). Elles savaient donc chanter, danser, assurer les rituels, etc. Elles vivaient tranquilles et heureuses, acceptant, quand il leur plaisait, un client privé rempli de respect. Elles étaient en quelque sorte comme les religieuses dans nos pays, et recevaient d’ailleurs de la population une considération tout à fait semblable. Les femmes du village, notamment, étaient bien contentes, car si les hommes souhaitaient faire l’amour ailleurs, ils trouvaient au Temple ce qu’il leur fallait, sans mettre la famille en danger. Quant à la valeur de la sexualité, du corps, du désir, etc.., c’est dans le Tantrisme, et en général dans l’Hindouisme, que ces valeurs étaient portées au comble : elles étaient divinisées. C’est de l’Inde aujourd’hui qu’est parti un mouvement visant à donner aux anciennes devadasi, devenues de simples prostituées civiles, un statut légal de travailleuses indépendantes.
Lire : Carnet du Tantrisme n°7, la sexualité dans le Tantrisme.
La troisième manière de considérer la prostitution est celle de la Grèce, de Rome et des pays d’Europe jusqu'au Moyen-Age : elle est un métier comme un autre, les femmes qui s’y consacrent (quand elles sont jeunes et belles) peuvent être adorées (et payées) comme des princesses, mais aussi, assez souvent méprisées. A Venise, le Doge a exigé qu’elles se mettent aux fenêtres les seins nus pour attirer une clientèle plus nombreuse et enrayer le goût naissant pour les beaux garçons. Dans toutes ces cultures, on ne trouve aucune condamnation de cette activité, jugée naturelle et de toutes façons inéradicable. Puis peu à peu, l’influence grandissante de l’Eglise catholique, les prêches tonitruants sur l’Enfer et la Damnation, la lutte totale contre le sexe, le corps, le désir etc.. tous jugés du Diable, a construit la mentalité dans laquelle nous baignons encore. C’est de cette date (XII° s.) que date le règlement du Vatican obligeant les clercs au célibat. De là vient aussi le déchirement hypocrite qui s’est installé entre la vie sexuelle réelle et la vie publique. Le célibat obligatoire est ce qui est montré : personne ne va vérifier les maîtresses réelles (baptisées femmes de ménage) qui permettaient de vivre cette interdiction, jusqu’au Vatican lui-même.
La quatrième manière est la nôtre, c’est celle de l’hypocrisie et de la double conscience. Selon la Loi, la prostitution en elle-même n’est pas condamnée. Mais dans la pratique policière et judiciaire, c’est comme si elle l’était. La loi Marthe Richard a visé à la rendre totalement privée, donc cachée, bien qu’on en sache parfaitement l’existence et la nécessité. La schizophrénie actuelle a été installée officiellement. Théoriquement, on poursuit uniquement le proxénétisme. Pratiquement, si l’on en tient un suffisamment puissant, il coule des jours paisibles ; mais un hôtelier qui loue quelques chambres pour la prostituée d’en bas de chez lui, peut être totalement ruiné de ce seul fait. Une femme qui souhaite « améliorer ses fins de mois » de cette manière ne peut le faire facilement , sauf à aller en Belgique. Même dans une ville moyenne, il est difficile pour un homme seul de trouver une prostituée. J’ai lu dans un blog qu’un jeune homme (qui se disait capable et argenté) demandait qu’on lui indiquât où trouver des prostituées… à Toulouse ! Et un peu partout, dès que quelques prostituées se mettent en place, la lutte s’engage pour les faire déguerpir sans ménagement. Bref elles sont « tolérées » théoriquement, et pratiquement combattues, en tous cas méprisées, constamment . On lutte dans le monde entier pour les droits de l’Homme et nous bafouons les Droits de ces femmes de chez nous qui travaillent dans nos rues. Ce qu’on leur fait tous les jours, nous ne le supporterions pas une seule fois sans nous indigner, pour une femme africaine ou asiatique…
Or la prostitution n’est qu’un chapitre de la liberté, qu’un chapitre des libertés civiles, auxquelles nous nous disons si attachés. Liberté de travailler de cette manière, si on le veut, avec toutes les aides et protections assurées au travail quel qu’il soit. Et liberté des individus de s’adresser à une prostituée quand il en a envie, sans se cacher ni rien risquer. Bien sûr, c’est ce qu’assuraient les bordels avant Marthe Richard, dont la loi est l’une des pires aberrations qu’on ait commises. Ce n’est pas pour rien que certaines villes des Etats-Unis, malgré le puritanisme ambiant, ont créé récemment leurs propres bordels municipaux. Aucun politique français n’aura ce courage, celui de viser avant tout l’intérêt général, celui d’une catégorie de travailleurs comme les autres, et la liberté des citoyens dans leur vie privée. Voilà une rupture à faire, et l’on peut croire qu’elle sera populaire. Laisser la loi interdire et laisser faire engendre les pires abus et partialités. Imaginez on moment ce que serait la société si aucune femme ne voulait plus le faire !
Le résultat de cette lutte est une frustration énorme et générale dans la population. On prétend souvent que, pour des raisons génétiques, la puissance du désir féminin est inférieur à celle du mâle : il n’en est rien. Mais voilà des siècles qu’on enseigne aux filles la modestie, la virginité, la peur du garçon, la peur d’être enceinte, le caractère « sale » du sexe et, paradoxalement, que l’amour n’a rien à voir avec le sexe. Celui-ci ne serait qu’un jeu, une distraction, préparant au mariage (sérieux, lui), définitif et économiquement justifié. A ce moment-là, on « enterre sa vie de garçon » renonçant ainsi prétendument à sa vie sexuelle… Ce n’est pas étonnant que les premières relations entre filles et garçons soient devenue du genre : aime-moi, mais ne me touche pas ! Heureusement, chez beaucoup de filles, le désir s’est éveillé et n’est plus craint : désormais le désir féminin se manifeste avec presqu’autant de hardiesse que le masculin. Voilà un excellent progrès, mais toute la structure sociale est restée inchangée : elle les oblige à se cacher plus ou moins, et des parents d’abord, pour commencer une relation. La Loi a aggravé la situation. Alors que pendant des millénaires les filles se mariaient à l’âge physiologiquement nubile, vers douze ans, on fait croire aux filles qu’elles doivent attendre 17 ou 18 ans pour « avoir droit » à l’amour. La vie est ainsi partagée, en héritage de l’Amour courtois, entre une période de sexualité libre mais aussi cachée que possible, et une période tardive où le mariage entame l’époque des « devoirs »… Pour ma part, je crois que l’amour est toujours, par nature, libre… quel que soit l’âge. (voir le thème : Pratique du couple ouvert).
Il est évident que toute amélioration de cette situation exige au préalable l’instauration d’une véritable éducation sexuelle. Cela ne sert à rien d’expliquer longuement les organes sexuels des moustiques ou des pucerons, alors que la fille s’apprête à la situation la plus fortement émotionnelle de sa vie : la rencontre de son premier garçon. Et que le garçon, harcelé au jour le jour par son exigence sexuelle, cherche à concilier celle-ci avec son attente rêveuse d’une femme pour toute sa vie… Il faut que nous arrivions à enseigner à nos jeunes ce qui les intéresse le plus, ce qui est l’une des conditions de leur bonheur, ce qui est un facteur notoire de l’ordre public, ce qui est la partie la plus affinée de la civilisation. Pourquoi diable les adultes sont-ils si embarrassés pour expliquer l’amour ?
De toutes ces causes, il résulte une effroyable misère sexuelle : je pense que la grande majorité des individus, homme et femmes, de tous âges, ne font pas l’amour aussi souvent qu’ils le voudraient, aussi bien qu’ils le rêvent, et que leur déficit sur ce plan est leur plus grand rabat-joie, beaucoup plus que l’étroitesse de leur pouvoir d’achat. Si vous interrogez des gens suffisamment sincères, vous apercevez vite que « la plupart ne pensent qu’à ça », que la plupart des couples sont catastrophiques, que les esprits sont embourbés dans les problèmes auxquels aucune solution ne s’entrevoit. Heureusement, il existe des groupes dits « libertins », qui ont résolu ces problèmes et tâchent à prendre de la vie les plaisirs qu’elle offre, bénis par Dieu, qui a prévu que toutes les fonctions du corps et de l’âme soient accompagnées d’un plaisir et nous a fournis les organes conçus pour cela. Les hommes ont été créés pour être heureux, les instruments de leurs plaisirs sont innombrables, la Nature est là pour l’affirmer sans cesse. Comment concevoir un Dieu qui aurait tout fait ainsi et aurait ensuite délégué des représentants pour dire de ne pas s’en servir ???
Voir sur ce sujet : Carnet du Tantrisme n° 5 : gestion psychologique et morale des désirs. pressesdumidi
La critique est facile, la solution des problèmes l’est moins. M’étant livré à la première, je suis acculé au programme de la seconde. Voici comment je verrais la situation dans quelque temps. D’abord, la loi Richard serait abolie et le problème repris de neuf. Les prostituées seraient des travailleurs comme les autres, probablement dans les professions libérales, accessibles par simple déclaration à la Préfecture et fichier central. Les professionnelles seraient ainsi identifiées , mais surtout elles auraient ainsi le pouvoir de s’organiser, de se regrouper en syndicats pour se défendre sur le plan des assurances diverses, des droits à la retraite, de la défense juridique, etc. . Elles seraient reconnues comme des participantes utiles à la société et prétendraient à ce titre à la même considération, aux mêmes droits et à la même reconnaissance que toutes les utilités sociales. Aucun espace public ne leur serait interdit. Il leur serait interdit seulement la proposition et le harcèlement. La demande devra toujours venir du client. Elles pourraient fonctionner soit en indépendantes, soit en salariées d’un établissement, soit en contractuelles selon des schémas à définir légalement. Dans le premier cas elles auraient à assurer elles-mêmes les soins médicaux et les contrôles nécessaires, dans le second cas, il appartiendrait aux employeurs de les assurer, comme dans les bordels d’autrefois, qui s’occupaient de tout. Aucun établissement « de plaisir » ne serait interdit ou réprimé, quels que soient les services qu’il offre, pourvu qu’il agisse conformément aux lois civiles. La nature des services proposés ne pourrait jamais être retenue comme un motif de poursuite.
Les proxénètes vrais seraient poursuivis avec ténacité et sévérité : mais il faudrait redéfinir le proxénétisme, notamment supprimer le proxénétisme hôtelier. L’argent de poche ou toutes les aides qu’un prostituée peut apporter à un ami ne pourraient plus suffire à inculper celui-ci de proxénétisme. Un proxénète est un homme qui met de force une fille sur le trottoir, l’oblige à y rester malgré elle et lui prend tous ses gains sans rien faire d’autre lui-même. Un homme ne peut être accusé de proxénétisme au simple fait qu’il vit avec une prostituée. C’est la violence qui fait le proxénète, parce qu’elle est le contraire de la liberté. Le fait qu’un seul homme fasse travailler plusieurs filles est une preuve suffisante de vrai proxénétisme. Les établissements qui offrent des services sexuels sont tenus aux mêmes obligations et charges que tous les autres établissements utilisant des salariés, notamment pour la part des salaires et la rétention des frais. Il semble que les Centres récemment ouverts en Allemagne pourraient servir de référence, mais une étude complète devrait être faite pour aboutir à un modèle conforme à la sensibilité française. Le souci unique de la Justice dans les divers établissements serait de veiller à ce que les femmes n’y soient pas exploitées. La relation avec le client serait totalement libre et conventionnel, et les tarifs de la relation établis contradictoirement avec lui.
Une autre aberration de la vie sexuelle publique est la pornographie : il est aberrant que la jeunesse actuelle, qui ne reçoit aucune information sur la vie sexuelle, se « débrouille » comme elle peut avec des DVD pornographiques ou avec des sites Internet, qui n’ont pour l’instant que peu de valeur éducative. La production pornographique n’a pas à être condamnée et encore moins interdite : elle joue un rôle important parmi les expédients qui permettent de rendre la misère sexuelle supportable, ou à peu près. Elle fait partie des libertés essentielles et apporte des avantages certains. Il est cependant nécessaire de l’encadrer. Il est certes impossible de rendre les images inaccessibles aux jeunes : ils s’arrangeront toujours pour en trouver. Il faut donc premièrement que celles-ci ne dépassent pas les limites de l’infamie et de la dévalorisation de la féminité (qui restent à fixer). Ces images doivent être interdites, d’une manière susceptibles d’évoluer, et doivent disparaître du marché. Il faut secondement augmenter le rôle pédagogique de ce moyen, en persuadant les Producteurs de donner toujours de l’amour et du sexe une image positive, esthétique, valorisante pour les partenaires et pour le public. On peut parvenir à ce résultat en n’évinçant qu’une petite partie de la production.
Mais il est évident que c’est avant tout l’image publique de la femme et de la prostituée, professionnelle et occasionnelle, qui devra changer, en France et dans toute l’Europe, afin qu’une frange importante et respectable de la population ne soit pas écartée des Droits de l’Homme et de son esprit en vertu de positions idéologiques d’un autre âge. La position de la prostitution est actuellement en contradiction avec la forme moderne de la civilisation. Ensuite il faut bien se rendre compte que la prostitution n’est pas seulement le fait de professionnelles pour qui c’est un métier à plein temps . D’innombrables femmes et jeunes filles en ont besoin pour assumer des dépenses nécessaires, comme l’entretien de leurs enfants ou l’achèvement de leurs études. Cette prostitution occasionnelle n’est pas une activité honteuse et ne doit pas être méprisée, mais aidée. Il est plus moral de faire l’amour et de s’en faire payer, que de voler l’argent d’autrui par violence…
Les catholiques dociles auront sans doute du mal à modifier leur regard sur les prostituées, tant ils ont entendu pendant des siècles honnir la femme comme créature du diable, le sexe comme antagoniste de Dieu, la relation sexuelle comme faute principale, et la dévalorisation du corps et du désir installée comme vertu. En cela, l’Eglise a remisé sous le boisseau, pour assurer la prédominance des mentalités de ses membres misogynes, le vrai message de l’Evangile : « Les prostituées vous précèderont dans le Royaume des cieux ! » s’emportait Jésus devant l’hypocrisie des Docteurs de la Loi et Théologiens de son temps. S’il revenait, c’est la même chose qu’il dirait et que nous avons à retenir : son message se résume à l’amour du prochain. Or les prostituées sont les bienfaitrices de l’humanité, de ceux des humains qui manquent le plus d’amour , car elles leur apportent ce dont ils ont besoin. Elles méritent non seulement une considération à laquelle chaque être humain a droit, mais la reconnaissance pour leur service propre, qui rend la vie plus vivable et la société plus paisible. Elles devraient être décorées !

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