la Caverne d’ALI-BABA,
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Le territoire et la tanière

Le Cantique des cantiques
Une idée en or
Toute culture est inprégnée de son mythe d’origine.
Dans un livre que j’avais autrefois, j’ai trouvé plus de quatre cents mythes d’origine. La plupart se réduisaient à une image et à quelques phrases, d’une absurdité totale. Mais un petit nombre de mythes peuvent constituer de vrais textes, d’un détail et d’une qualité de style admirables. Ceux-là ont forgé et dominé des cultures représentant des peuples nombreux et influents. On peut les distinguer géographiquement : les mythes Indiens d’Amérique du Nord, les mythes Nordiques européens, les mythes Egyptiens, les mythes Hébreux, les mythes Sumériens, les mythes Tantriques, les mythes Iraniens (Zarathoustra).
Voir : Jean Bottéro : « Lorsque les dieux faisaient l’homme » (les mythes sumériens) ; «Naissance de Dieu » (les mythes Hébreux ») ; « Le mythe de Gilgamesh ». – Robert Blanchard : » la vérité sur Adam et Eve », pressesdumidi.
Je n’examinerai ici que deux mythes : le mythe hébreu d’Adam et Eve, qui imprègne la civilisation occidentale, et le mythe tantrique, le plus beau et le plus crédible. Je signale les mythes sumériens d’abord parce qu’ils sont les plus anciens et ont influencé notablement les mythes hébreux, d’autre part qu’ils sont philosophiquement les plus riches : ils exposent vraiment l’origine de l’humanité, donc l’origine de la civilisation et le rôle de la femme dans la civilisation. Tout le monde devrait les connaître. Je n’ai pas ici l’intention de simplement décrire ces mythes, mais de montrer le rôle éminent qu’ils jouent dans nos mentalités, c’est-à-dire dans la zone inconsciente de nos esprits, où ils sous-tendent la plupart de nos croyances.
Sur l’ensemble de la question : « Paradis introuvables », tome 1, pressesdumidi.
« Les mythes sont comme ces sortes d’histoire qu’on raconte aux enfants sur les bords de leur lit, le soir, pour les endormir. Ils ne disent pas des faits qui sont arrivés, mais des événements merveilleux et rassurants. Par définition, ils ne peuvent fournir des réponses objectives aux questions qui se posent. Pourtant, sous cette forme enjolivée, quand on n’a aucun moyen de le savoir réellement, le but du mythe est d’expliquer, de dire l’origine et le sens des choses qu’on observe dans le présent. L’histoire de la Belle et la Bête par exemple, veut montrer qu’on peut être aimé même si on est laid, que celui qui prend le courage d’un amour difficile embellit ce qu’il aime, et que l’apparence ne révèle pas toujours la beauté des êtres. La plupart des mythes religieux ne veulent pas décrire ce qui s’est passé, mais dire le sens de ce qui se passe dans le monde. » (Paradis introuvables, p70)
Ainsi, quand il est impossible de trouver réponse aux questions fondamentales que nous nous posons : d’où vient l’homme ? Que devient-il après la mort ? Quelle est sa nature et sa relation à la Divinité ?, l’exigence humaine d’expliquer à tous prix conduit à inventer des réponses plutôt que de ne pas comprendre. Pourtant, la volonté d’expliquer se fonde, dans tous les cas, sur des observations justes et pénétrantes qu’ont faites les créateurs de mythes. Tout n’est jamais complètement imaginaire dans les mythes. Il y a donc une vraisemblance, une part de crédibilité qu’il est utile (et difficile) de mesurer dans chaque mythe. On peut penser qu’une part des mythes contient un peu de connaissance, ce qui justifie leur étude sérieuse.
Si l’on veut se consacrer à la vie concrète, à son travail, à son temps libre, à ceux qu’on aime, etc.. il faut pouvoir mettre dans un coin de sa mémoire des réponses vaille que vaille à des questions sans réponses scientifiques qui nous distrairaient sans cesse. Les mythes servent à cela et le réalisent parfaitement. C’est ainsi qu’en Europe d’origine chrétienne tous les esprits sont imbibés, qu’ils en aient conscience ou non, de l’histoire d’Adam et Eve. Personne ne se préoccupe de savoir si l’histoire est vraie ou non, tout le monde s’accorde à peu près sur les valeurs que le mythe véhicule, parce qu’au cours du temps la majorité des gens les a adoptés, puis conservés par habitude.
Ces valeurs, on va le voir, sont partagées sans critique par la plupart des gens, qui les manipulent comme des évidences, justifiées par leur seule antiquité. Le mythe d’Adam et Eve explique ceci : la vie des hommes est très malheureuse, mais on sait pourquoi : Adam a péché à cause d’Eve et s’est fait jeter du Paradis. Son malheur est donc dû à la femme ; la faute essentielle et impardonnable est de faire l’amour ; la nudité est une cause de honte ; la femme, extraite d’une côte de l’homme, lui est doublement inférieure, par cette dépendance et par sa faute. Le sens global de la vie des hommes et des femmes est donc d’expier, d’accepter leur chute dans le malheur, de renoncer à la sexualité et à l’amour, et de vouer son temps au travail. Il n’y a aucun espoir de retrouver le Paradis car l’Ange à l’épée de flamme a été posté à l’entrée. La vie est tissée de culpabilité, de regrets (pour la faute d’une autre), de vengeance (sur les femmes), de lutte pour le pouvoir (sur les femmes), sans espoir d’amélioration ni de salut. Le sexe n’est pas une pulsion naturelle dont les hommes ressentent la force, mais une magie maléfique qui siège dans le corps de la femme. C’est pourquoi on appelle une femme qui aime le sexe une « salope » et un homme un fier guerrier. La mort est la présentation au Tribunal implacable où toute faute sera révélée et punie. Certes, la mort de Jésus est censée racheter la faute originelle, mais elle nous laisse responsables de tout ce que nous faisons, comme si de rien n’était. Toute la vie humaine a le sens d’une perte fautive du Paradis
On voit qu’effectivement le mythe a pour but d’expliquer une vie difficile, libre, responsable, endémiquement coupable, et sans lendemains chantants, remplie entièrement par un travail épuisant. Le mythe part de l’observation des choses et en présente une cause possible. Mais en même temps il colore toute une mentalité, toute une manière de voir la vie, tous les comportements entre hommes et femmes, tout le sens du sexe et de l’amour. Il établit durablement entre hommes et femmes une infériorité implacable de celles-ci, qui est le fait social le plus répandu sur la planète. Il se dresse contre toutes les valeurs de la vie et ne propose une sortie de la situation qu’en sacrifiant tout ce qui exprime la vie. Le principal levier psychologique est l’auto-répression. De plus, la vie malheureuse s’est pas délivrée par la mort, car ça risque d’être pire de l’autre côté. Le christianisme est une école de la désespérance.
Ce constat oblige à un examen critique de la crédibilité de ce mythe : c’est ce que j’ai fait dans « La vérité sur Adam et Eve ». Et s’il n’y avait jamais eu de paradis, de faute ni de chute ? La vérité est que les personnages d’Adam et Eve sont de purs imaginaires : ils ont été créés par les Hébreux pour fournir un texte édifiant aux Juifs exilés à Babylone. Il faut bien voir que les Juifs, à Babylone, voyaient exactement le contraire, ce qui mettait leur foi en danger. A Babylone la vie était joyeuse, les affaires marchaient bien, le climat et les villes étaient…paradisiaques (car l’image du Paradis venait des Jardins suspendus de Babylone), l’amour était partout, protégé par Ishtar, déesse du sexe. Babylone est resté le symbole d’une cité où le sexe est roi, donc la fête, la joie, la vie sans soucis. La preuve en est que la joyeuse vie de Babylone est décrite, dans des lignes d’une poésie parfaite… dans l’Apocalypse, car elle est le royaume de la Bête.
Lisez la critique détaillée du mythe : il n’en reste rien. Les Sciences paléontologiques ne savent pas grand chose de l’origine de l’homme : il n’est même pas sûr que nous ayons eu des « premiers parents », car cette notion se défend mal biologiquement. La Genèse est une histoire pour enfant, inventée pour les besoins de la cause, sept cents ans avant Jésus-Christ, dans le peuple hébreu, qui n’est plus le nôtre. Oublions Adam et Eve, oublions la hiérarchie entre les sexes, oublions que le travail est la malédiction qui paie la faute, oublions l’absence de sortie et d’espoir : tout cela n’existe plus. Le monde chrétien est désespérément mâle et ne représente pas l’humanité, faite à moitié de femmes, ni la vie, faite à moitié de sexe. Les iconoclastes ont perdu leur combat et le Créateur revêt définitivement la figure du Vieillard barbu de la Chapelle Sixtine. On a « inventé » tardivement la Vierge Marie, qui ne suffit pas à fournir une figure féminine divine. Et à côté de l’Eglise traditionnelle, nous avons hérité d’une philosophie grecque et romaine, de Socrate et de Cicéron, de l’épicurisme et du stoïcisme, des traditions et savoirs gaulois ou germaniques. Il nous faut forger une philosophie de la vie avec de meilleurs ingrédients, plus justes et plus utilisables. C’est ce que j’ai voulu faire dans ce site. Il faut rayer Adam et Eve, et forger nos mentalités avec des idées justes.
Sur l’origine de l’homme : voir : « Thèmes et variations sur la philosophie des Sciences » pressesdumidi
Par contre, puisque les Sciences ne peuvent pas apporter de réponse satisfaisante sur l’origine de l’homme, voyons si le mythe Tantrique n’est pas plus riche et plus crédible que les autres. Ce mythe a la même finalité que tous les mythes : il part de la réalité observée et propose une explication. Naturellement, comme dans TOUS les mythes, l’explication de l’origine se trouve en Dieu. Et c’est bien normal. N’importe quel être humain qui se pose la question de son origine sait bien qu’il ne s’est pas créé lui-même. La partie visible de celle-ci est qu’il vient de ses parents, qui viennent des leurs, et ainsi de suite. Il comprend donc que des causes matérielles, visibles, compréhensibles, existent à son apparition dans l’existence. Mais qu’au delà, ces causes n’expliquent pas toutes les existences qui l’entourent, celle de la Terre, des planètes, de l’Univers. Il faut donc qu’au-delà des causes occasionnelles, on imagine une cause principale, essentielle, universelle, vraisemblablement divine. Au dessus de l’occasionnel est le Transcendant. Il faut donc étudier la Divinité, dont la fonction la plus apparente serait d’être le Créateur de toutes choses.
La réflexion Tantrique est à la fois au modèle de chaque mythe : elle explique ce que la connaissance ne peut expliquer. Pour le Tantrisme, le Troisième Œil est cet oeil de l’esprit capable de voir les choses de l’esprit. Mais en même temps, il est soucieux d’employer les mêmes outils que la connaissance : la raison, et rien que la raison. Le fondement du Tantrisme est la Samkhya, qui est la partie scientifique de cette réflexion. Certes, celle-ci est essentiellement faite de raisonnements, mais il n’y a aucun raisonnement qui ne soit fondé sur l’observation, l’’expérience, la réalité. L’ensemble a donc une crédibilité qu’aucun mythe ne peut atteindre.
Lire : Carnet du Tantrisme n° 3 : schéma d’ensemble du Tantrisme. Carnet n°8, » Le troisième œil ». Pressesdumidi
Dieu est d’abord le Transcendant, infini, hors de toute connaissance. Mais, puisqu’on voit que l’Univers existe, c’est qu’il a décidé de se manifester, ce qu’il a fait par la création. Or, nous le voyons autour de nous, toute nouvelle existence arrive par l’union d’un principe masculin avec un principe féminin ; pour les hommes par l’union d’un homme et d’une femme. Toute existence provient d’un Principe de décision de type masculin et d’un principe de réalisation de type féminin. La relation sexuelle est donc le modèle et la réitération de toute mise à l’existence. Shiva réalise son plan par la médiation d’une alter ego également divine, qui évidemment prend pour nous la nature féminine, la déesse Shakti. Shiva est Dieu présumé, Shakti-la-Déesse est la Divinité manifestée dans sa création. Dans leur essence, ils ne sont qu’une seule et même Divinité. La Création a pour but d’étendre la divinité à l’infini, par la participation divine à chaque créature. Chacune des créatures reçoit le destin de réaliser une parcelle de la Divinité. La Nature dans son ensemble reflète la nature et les volontés de Dieu.
Le but principal du Tantrisme sur terre est de connaître la joie. L’accomplissement de chacun se fait par l’accueil et la pratique de toutes les joies de la terre, car elles ont été faites par Dieu pour ses créatures. La joie principale vient du sexe et de l’amour. Les femmes sont faites principalement pour apporter au monde la joie : elles mériteraient toutes d’être appelées « filles de joie » ! Le sexe et l’amour sont les réalisations du projet divin de création (continue) et sa célébration sans cesse réitérée. Le but de la vie humaine est de réaliser la non-dualité originelle avec la Divinité, ce qui se fait par la mort, qui a le sens d’une « libération» (en sanscrit). Durant la vie, Dieu est constamment immanent en nous et soutient en nous la vie et la joie. Le monde est entièrement féminisé, car il est énergie et l’Energie est symbolisée par la Déesse Shakti. C’est Shakti qui est immanente en nous, ce qui explique la dualité de tous les êtres humains, partiellement masculins et partiellement féminins.
Le Tantrisme est donc l’opposé diamétral du christianisme, du moins celui qui est représenté par les Eglises humaines. Les Eglises ont construit des théologies qui n’ont rien à voir avec la réalité terrestre et ne reflètent en rien les réalités humaines. Non seulement ces enseignements n’ont aucune crédibilité rationnelle, mais ils aboutissent à des comportements fous, contraires à la vie, à la santé, à la raison, à la joie de vivre naturelle. Sur ces caractéristiques, le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam se rejoignent. Tous les trois ont contribué à renforcer en Occident la « cuirasse » défensive contre la vie (thèse de Reich), qui fait le malheur de notre condition. La foi en Dieu doit être libre, elle n’est pas une punition, elle doit secréter la joie et l’espoir, car on sait ce qu’on fait et où l’on va. Le Tantrisme est le mythe qu’il faut adopter, puisque la Science est par nature impuissante à nous fournir ces idées. Il nous parle de ce qu’on voit, sans le comprendre très bien, (comme la sexualité) et de ce qu’on ne voit pas, qui donne son sens au premier (Shakti).

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